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Le début d'une ère pour Lise Billon

Lise Billon, athlète du Team Petzl France, a gravi l'hiver dernier le mont Blanc par la face sud, synonyme de rêves, de longs voyages et d'expéditions dans ses montagnes d'origine. Pas de remontées mécaniques, longue marche d’approche, longue marche de retour, ratio marche/grimpe pas tout à fait avantageux, altitude… C’est tout de même le mont Blanc !

28 Juillet 2021

Alpinisme

L'idée du mont Blanc par la face sud...

Alors que Chamonix fourmille en son versant nord plus courant, le versant sud par Val Vény est, quant à lui, bien sauvage. L'été les vaches se mélangent aux randonneurs et à quelques grimpeurs.

J'ai fait ma première ascension du mont Blanc par ce versant, par la voie des Papes, la voie normale italienne.

Et cet itinéraire n'a rien à envier au " trekking peak " népalais. Longue approche commençant dans la verdure des pâturages d'altitude et qui termine le long d'une moraine himalayenne, pour finir, fatiguée, dans un refuge haut perché qui nous accueille pour la nuit, avant d'attaquer l'ascension à proprement parler.

L'endroit qui nous intéresse pour notre pratique personnelle est plutôt du côté de Monzino, et plus précisément les itinéraires au départ des bivouacs d'Eccles, deux petites boites en métal fixées sur un pan instable de montagne, entre les verticaux pilier du Freney et pilier du Brouillard.

Pour moi, c'était un rêve d'alpiniste que de fréquenter cet endroit, communément appelé le versant sauvage du mont Blanc. J'ai le sentiment que là-bas, c'est la cour des grands.

 Mais je dois bien avouer qu'à ma première visite l'été dernier, ma vision de ce secteur s'est quelque peu modifiée, bien loin des récits que j'avais pu lire. Nous sommes loin des foules des remontées et de la face sud de l'aiguille du Midi, mais tout de même, le nombre d'alpinistes présents ce jour là m'impressionne. Ce n'est ni bien ni mal, mais la réalité ne colle pas du tout avec l'idée et l'imaginaire que j'avais développés face à cet endroit.

Je ne m'y sens pas seule et isolée, loin de tout comme j'avais pu l'imaginer ! Mon sentiment est mitigé, entre déception face à un mythe qui tombe, et en même temps émerveillement face à cet engouement pour de beaux et grands itinéraires. L'alpinisme est donc bien vivace !

 

Hiver 2021, derniers préparatifs

Cette année, nous sommes bien décidées à partir en expédition avec Maud et Fanny. Nous sommes évidemment lasses de nous projeter et d'avorter nos voyages, mais cette ère Covid a l'avantage de nous laisser du temps pour nous préparer correctement. L'objectif de cet hiver : grimper le plus possible ensemble, nous accorder pour que notre cordée fonctionne.

Je connais Maud et Fanny depuis longtemps, ce sont toutes deux mes principaux compagnons de cordée. Cela me tient à coeur de réaliser un projet d'envergure avec elles, car j'ai le sentiment que nos ambitions alpinistiques et nos motivations vont dans le même sens, et surtout, plus ou moins au même rythme. Tout est fluide dans les prises de décisions, il y a peu de désaccords (peut-être est-ce dû à un " formatage ENSA "?) et beaucoup d'écoute entre nous. 

Quand je parle de réaliser des projets d'envergure, c'est une vision à long terme et j'aimerais que ces ascensions n'en soient que les prémices.

Nous sommes donc mi-février, et nous guettons avec impatience ce fameux anticyclone, celui qui prend généralement rendez-vous aux alentours de début mars chaque année. Et le voici qui se dessine sur les pronostics météo… Dans la vallée, c'est l'effervescence. Personne n'est parti en voyage cette année et chacun s'agite pour monter là-haut ! On feuillette les topos, on fait des pronostics sur les conditions. Cette année est particulière, nous ne sommes pas tous les jours dans la vallée Blanche à observer les montagnes de près, l'inconnue semble un peu plus grande de ce côté là. Mais tout de même, les lignes de glace au soleil semblent bien fournies. En cherchant des idées, on se rend compte que François Marsigny et Patrick Gabarrou ont quasiment tout ouvert ou gravi en première répétition… Ils sont omniprésents dans les topos, fatigants ! 

Bien que mes yeux fussent tournés vers les faces nord du massif, l'évocation de la face sud du mont Blanc par Fanny nous séduit immédiatement avec Maud. Il est vrai que toutes les conditions semblent réunies. Peu de neige, pas un grand froid, il ne reste qu'à s'assurer que les lignes de glace sont présentes et les dalles pas trop chargées en neige. 

Le processus pour aller grimper en hiver de ce côté est bien différent de celui de l'été, et se rapproche un peu plus de l'idée que je m'étais faite de ce versant italien. Peu d'informations, pas de retour des conditions, pour le coup pas de remontées mécaniques, ni pour monter ni pour descendre. Tout est à imaginer. Ski d'approche ? Snowplak ? Pas snowplak ? La neige va-t-elle porter ? Quelle stratégie, on s'arrête à Monzino ? On va directement à Eccles ? Personne pour nous recommander quoi faire ! Et les conditions ? On ne sait pas, alors, avec Damien, qui est disponible et motivé pour aller lui aussi grimper là-bas, on prend une paire de jumelles, un appareil avec un bon objectif gentiment emprunté et on passe le tunnel.

En route pour l'aventure !

Le voyage commence ici, au bord de la nationale italienne, à se faire klaxonner par les poids lourds pour pouvoir observer minutieusement la face sud. L'excitation est là, nous aimerions aller du côté du pilier du Freney, mais de par son exposition légèrement différente de celle du pilier du Brouillard, il semble plus sec en glace, mais plus chargé en neige. Les goulottes du Brouillard sont visibles à l'oeil nu !

Pour la deuxième partie du voyage, en faisant le tour du rond-point, on voit les motoneiges des restaurants du fond du Val Vény faire les navettes pour leurs clients. Un tour de rond-point en plus sera nécessaire pour nous dire qu'il serait assez judicieux d'aller leur demander une navette pour nous écourter les 10 kilomètres de plat pour remonter le fond du vallon. Car ne l'oublions pas, la station de Courmayeur est fermée, suite à une pandémie mondiale… (En avez-vous entendu parler ?) Donc pas de remontées mécaniques pour nous rapprocher.

À la troisième motoneige, c'est la bonne, ils seront ravis de nous faire le taxi !

Deux jours plus tard, nous voilà donc tous assis à l'arrière de la motoneige, avec nous trois, Symon, Aurélien et Charles. Damien et Titi ne nous rejoindront que le lendemain. 

Nous sommes tous armés des fameuses snowplak. Deux équipes, deux stratégies similaires, ça nous rassure, on se dit qu'on n'a pas fait un mauvais choix. En revanche, si eux ont décidé de monter directement à Eccles, nous, nous préférons faire une étape à Monzino. 

Ils béniront les snowplak dans la montée entre les deux refuges, et nous leurs traces regelées le lendemain matin ! Et moi, l'arrêt à Monzino pour s'acclimater. Parce qu'après une nuit où nous étions entassés à 9 dans la boîte de conserve 6 places de l'abri Eccles, je ne me sentais plus à 3800m mais à 6800m. C'est donc ça, ce que ressentent les clients quand on va au mont Blanc ?

La décision de se reposer une journée au bivouac est donc prise. J'ai mal à la tête… Et à mon ego ! Pendant que Maud me sert tisane sur tisane et que je me gave d'antidouleurs, les autres cordées grimpent. L'avantage, c'est qu'on aura les retours des gars partis versant Freney, et que si les conditions ne sont pas bonnes on pourra toujours se " rabattre " sur l'Hyper Couloir qui est une des lignes majeures du cirque, actuellement en parfaites conditions. Et je ne crois pas que cela arrive chaque année ! En revanche, nous ne sommes pas hyper motivées pour refaire l'interminable arête du Brouillard que nous avons déjà toutes parcourue l'été dernier. Mais hélas, les retours sont plutôt négatifs…

C'est donc l'Hyper Couloir que nous parcourons. L'inconvénient d'avoir eu quelqu'un avant nous, c'est que nous ne saurons jamais si la ligne que nous voulions faire initialement était praticable… L'avantage, c'est que nous assurons notre coup, et nous sommes sûres de parcourir un itinéraire exceptionnel.

L'arête, interminable dans notre souvenir, n'est pas plus courte en réalité. Et le sommet, déjà loin, ne semblait point se rapprocher encore… Même si Titi et Damien sont juste devant nous à la tracer ! Et il n'est pas nécessaire d'évoquer la descente, sans téléphérique à Bellevue… Si seulement je pouvais déjà être autonome en parapente !

Arrivée à Chamonix, je me suis réconciliée avec mon idéal de cette face sud. En hiver, ce versant a repris de sa superbe. 

Mais c'était sans compter sur cet anticyclone interminable, les conditions optimales de la course et nos posts Instagram qui font fureur. La voie connaîtra en 10 jours, certainement le double d'ascensions que depuis son ouverture! C'est donc comme ça qu'un mythe tombe ? 

Il serait bien évidemment égoïste de m'arrêter à ce sentiment là, évidemment et c'est bienheureux que tout le monde puisse pratiquer en montagne, mais je ne peux m'empêcher de me sentir satisfaite d'avoir été dans les premières cordées à ramener les infos. L'espace d'un instant, je me suis sentie aventurière…

Et pendant l'effervescence à Eccles, je fais le contraire de tout le processus que je décris ci-dessus. Je profite que le beau temps soit encore là et de cet endroit " clé en main". La face nord des Drus. Et ça fait du bien, logistique plus simple, données fournies, topo détaillés, conditions connues… Plus qu'à profiter de l'escalade !

Et quand je redescends, je suis émerveillée par le récit des copains qui sont allés chercher des lignes méconnues et non fréquentées, je suis émerveillée par leur imagination à aller trouver ces tracés…

Comme quoi, de n'importe quelle façon, la montagne, ça vous gagne !

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