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Patagonie : le quotidien d'un grimpeur

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Patagonie : le quotidien d'un grimpeur

Le quotidien à El Chaltén

"Ça fait maintenant plus d'un an que je suis ici, à El Chaltén. Je n'avais pas pensé rester aussi longtemps ! Finalement, j'ai eu le temps de m'installer ici. La Patagonie est en moi, j'ai l'impression de faire partie du décor. J'ai vu les quatre saisons. Dans ma vie j'ai toujours beaucoup voyagé, j'ai rarement été aussi longtemps au même endroit. Ça m'a permis d'avoir une routine que je n'ai pas d'habitude."


 

Ta routine ?

"Je vis dans la caravane qu'un copain m'a prêtée. En échange, je travaille un peu sur son terrain. On a monté un potager, on a construit une serre, je cultive des légumes. C'est génial, je ne l'avais jamais fait ! J'apprends tous les jours.

La caravane, c'était un peu rude en hiver. Il faisait jusqu'à -20°C. Mais par rapport à un portaledge, c'est du grand confort ! Donc tout est relatif. J'aime bien le côté rude. Je me lève tôt le matin même s'il fait froid, je marche jusqu'à la rivière pour me tremper dans de l'eau froide… tous les jours, même en hiver ! Je ne reste pas très longtemps, parfois 1 minute, parfois 10 minutes. J'adore cette sensation d'eau froide, elle me réveille et m'active, pour bien commencer la journée ! J'en ressors plein d'énergie.
 
Ensuite, je vais courir un petit peu pour m'échauffer, je fais des étirements, un peu de yoga. Je fais un peu de suspension sur ma poutre pour la force des doigts. Je déjeune, je joue un peu de musique, j'ai ma cornemuse irlandaise ! J'ai ma flûte aussi bien sûr ! L'après-midi, je vais faire du bloc ou de l'escalade sportive."


Et l'hiver ?

"C'est ski de randonnée. On peut partir des jours en montagne ! Parfois jusqu'à 5 en autonomie. On pose notre camp de base et on skie tout autour. On fait aussi de la cascade de glace. Il y a eu des super conditions cette année ! 

Les nuits en hiver sont longues et les journées très courtes, le soleil reste très bas. J'avais donc beaucoup de temps dans ma caravane, alors je jouais de la musique, je lisais, j'avais le temps de réfléchir, de penser, de rêver. C'est d'ailleurs comme cela que m'est venue l'idée de la traversée de Fitz Roy dans le sens inverse !"

D'ouvertures en ouvertures

La Chaltenense (500 m, 7a)

"Après la traversée du Fitz Roy, j'ai pris quelques semaines de repos, mais je n'étais pas trop cassé. Assez rapidement, après 2-3 semaines, il y a eu une autre fenêtre météo. J'en ai profité pour ouvrir une nouvelle ligne, La Chaltenense (500 m, 7a), sur la face sud du Fitz Roy. Une face lisse, hyper évidente, j'étais étonné qu'elle n'ait pas été encore ouverte, mais comme c'est une face sud, elle n'est pas souvent en conditions. C'est une fissure large qui impose 50 mètres de technique offwidth : coincements des deux poings, de genou, de coude, des techniques que peu de gens aiment… C'était top d'ouvrir une aussi belle ligne sur un sommet aussi mythique avec John Griffin.

 

Chaltén sin clecas (450 m, 7b)

En décembre, on a aussi ouvert Chaltén sin clecas (450 m, 7b). Les "clecas" ou "tick marks" sont les marques de magnésie que certains laissent sur le rocher pour indiquer la prise. À ce propos, en rigolant, je disais que j'allais commencé une pétition "Chaltén sin clecas" pour rassembler des signatures contre ces marques ! Même si ça se nettoie avec la pluie, je trouve cela dommage. Alors j'ai décidé de lui donner ce nom ! C'était la première voie que j'ouvrais de la saison. 

 

Chalten Sin Chapas (450 mètres, 7a+)

Dernièrement, sur El Mocho, j'ai ouvert une autre ligne, Chalten Sin Chapas (450 mètres, 7a+). Fin décembre, je l'avais déjà tenté, mais ce n'était pas passé et j'avais alors ouvert "Chaltén sin clecas". Je suis donc retourné sur cette ligne que je n'avais pas réussi à faire, et on a trouvé l'itinéraire ! J'ai trouvé une petite ouverture et c'était magique. C'est une ligne qui est très improbable. Il y a une longueur avec une dalle toute rouge et une fissure qui la coupe. Puis, de manière surprenante, la fissure se ferme. On a alors l'impression qu'il n'y a plus rien pour continuer. Finalement, j'ai tenté et j'ai en fait trouvé de quoi mettre des protections tous les 3 mètres."

Une communauté bienveillante

"Le fait de rester un an m'a donné la sensation que j'appartenais à cet endroit. C'est différent de vivre vraiment ici ou de ne venir qu'un ou deux mois pour grimper. J'ai l'impression d'être un local. Je ne suis pas là pour grimper, je peux y aller quand je veux ! J'essaye de ne jamais me mettre la pression de manière générale, mais là encore moins.

Confiné ?

J'ai l'impression d'être enfermé à El Chaltén, mais c'est comme si j'étais enfermé dans un grand terrain de jeux. Le village a été fermé pendant 9 mois, le préservant complètement de la pandémie. En janvier, l'accès a de nouveau été autorisé pour le tourisme national. Le virus est alors arrivé lui aussi. Il faut faire plus attention, mais tout reste ouvert.
 

Un mois vs un an ?

La communauté de grimpeurs est super : bonne énergie, bonne ambiance, bon esprit de partage. Les blocs et l'escalade sportive sont de super qualité. Cette année, c'est spécial parce qu'il n'y a pas d'étrangers, c'est hyper calme. Les grimpeurs ici sont surtout des Argentins. Ils ont été hyper cool de m'accepter dans leur communauté. Je n'avais prévu de rester que deux mois donc je n'avais pas tout ce qu'il me fallait pour un an et ils m'ont beaucoup aidé (matériel, vêtements).

Je resterais bien ici, j'adore ! Il y a de tout : au seuil de ta porte, il y a plein d'aventures complètement différentes, même si la météo est dure. Mais à un moment, il me faut quand même rentrer… Et j'ai d'autres projets en tête !"