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Inventorier la faune dans la canopée des forêts guyanaises

Les forêts tropicales anciennes sont de plus en plus fragmentées par le développement des infrastructures comme les routes, isolant les populations de faunes de part et d’autre des axes routiers. Pour faciliter les passages des animaux terrestres et arboricoles, des corridors écologiques assurent une continuité de la forêt en bordure de la route, du moins dans la canopée. Ne reculant devant aucune difficulté, des écologistes d’un nouveau genre se hissent sur la cime des grands arbres tropicaux. Leur objectif : photographier, inventorier la faune et mesurer les effets de la route sur la dispersion des graines par les vertébrés.

MARS 2020

Installation d’un appareil photographique automatique dans la couronne d’un yayamadou

Installation d’un appareil photographique automatique dans la couronne d’un yayamadou en bordure de la route nationale 2 en Guyane, entre Régina et Saint-Georges-de-l’Oyapock.

Carte d’identité

  • Partenaire soutenu :CAFOTROP
  • Localisation : Guyane française
  • Type de projet : Préservation de l'environnement
  • Soutien : 2 500 € en 2019

L’association CAFOTROP organise des expéditions scientifiques à travers le monde avec pour objectif d’étudier et de valoriser la richesse biologique des milieux naturels, en portant une attention toute particulière à la biodiversité de la canopée des forêts. De par son activité, l’association développe des techniques de grimpe d’arbres issues de l’élagage pour ouvrir l’accès de la canopée aux scientifiques. En 2019, la Fondation Petzl a participé au financement d’une mission de terrain, dans la canopée des forêts guyanaises.

La forêt guyanaise est d’une richesse exceptionnelle. Elle est intacte pour la plus grande partie, bien que s’y développe des infrastructures de transport. Ainsi, la route nationale 2 reliant Cayenne à Régina a été prolongée en 2010 jusqu’à Saint-Georges-de-l’Oyapock en Guyane, à la frontière brésilienne. Cette nouvelle saignée dans la forêt favorise l’accès des chasseurs à la forêt. La pression de la chasse sur la faune en vertébrés frugivores, responsables d’une grande partie de la dispersion des graines, affecte la régénération forestière. C’est tout un écosystème qui est fragilisé.

Une étude des chercheurs du CNRS - Muséum national d'Histoire naturelle a été initiée en 2013 pour mesurer l’impact des activités humaines sur la forêt et sur la faune des vertébrés frugivores. En 2019, des scientifiques du Muséum national d'Histoire naturelle, accompagnés de grimpeurs d’arbres d’Hévéa et d’un photographe, ont rejoint le site d’étude au sud-est de Cayenne, sur la route nationale 2 entre Régina et Saint-Georges-de-l’Oyapock. Leur mission était de mettre en place, puis de récupérer un ensemble de pièges photographiques et vidéo dans les arbres fruitiers, permettant d’inventorier la faune, en particulier les vertébrés frugivores qui participent à la dispersion des graines, assurant et favorisant ainsi la régénération forestière.

Pierre-Michel Forget, professeur d’écologie tropicale au Muséum national d'Histoire naturelle Pierre-Michel Forget, professeur d’écologie tropicale au Muséum national d'Histoire naturelle, spécialiste des interactions plantes-animaux et de la dispersion des graines, installe un appareil photographique automatique afin de photographier la faune à proximité d’un corridor écologique de la route nationale 2 entre Régina et Saint-Georges-de-l’Oyapock.

Premiers résultats et perspectives

L’analyse des images d’une trentaine d’appareils photo est en cours. Tous n’ont pas donné les résultats escomptés, dans la mesure où certains ont présenté des défauts de fonctionnement. Cependant, les premiers résultats montrent une fréquentation inattendue de la canopée par les frugivores. Le kinkajou, un mammifère arboricole et nocturne, fait partie des animaux les plus fréquents dans les prises de vue. Ses déplacements dans la canopée constituent des informations inédites en termes de science du comportement. On trouve aussi parmi les mammifères dans la canopée, des singes hurleurs, des tamarins à mains dorées et des capucins. Parmi les oiseaux, on trouve des toucans et des cassiques verts.

Un kinkajou arpente la couronne d’un yayamadou Un kinkajou arpente la couronne d’un yayamadou à 40 m de hauteur à la recherche de fruits dans la canopée de la forêt de la route nationale 2.

L’analyse des images obtenues par les pièges photo montre d’ores et déjà que la fréquentation de la canopée est importante. Il y a en effet une consommation des fruits autant dans la canopée que dans le sous-bois. Si les résultats préliminaires sont originaux, ils demandent à être étayés par des images complémentaires pour d’autres arbres (pour mesurer l’effet lié à la distance de la route) et d’autres corridors (pour rendre compte d’un gradient possible de perturbation du milieu depuis Saint-Georges).

Singe hurleur roux Singe hurleur roux
Cassique vert Cassique vert
Tamarin à main jaune Tamarin à main jaune

Article mis en ligne en mars 2020


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