Chercher
 

L’impact des somnifères sur les alpinistes

Une équipe de chercheur du CHU de Grenoble a étudié les effets des somnifères sur la vigilance et l’habileté motrice des alpinistes lors d’un réveil en pleine nuit en altitude. Les résultats mettent en évidence une réduction des capacités physiques et mentale conduisant potentiellement à un risque accru d’accident.

MAI 2018

Impact des somnifères sur les alpinistes

Carte d’identité

  • Partenaire soutenu : EXALT, Centre d’Expertise sur l’Altitude (Laboratoire HP2, Université Grenoble Alpes et CHU Grenoble Alpes)
  • Localisation : France
  • Type de projet : Améliorer la connaissance
  • Soutien : 5 000 € en 2016 et 5 000 € en 2017

En 2013, une première étude réalisée dans les refuges des Cosmiques et du Goûter, au départ des voies normales du mont Blanc, avait montré une importante consommation médicamenteuse parmi les alpinistes. Près de 39% des 430 échantillons révélaient une prise de médicaments, principalement des diurétiques pour lutter contre le mal aigu des montagnes (acétazolamide ou ‘Diamox’, 20,6%) mais aussi des somnifères (12,9%). Si les somnifères permettent de faciliter l’endormissement et d’obtenir un sommeil réparateur, on ne connaît pas leurs effets sur la vigilance et la motricité des alpinistes lors d’un réveil nocturne, par exemple pour l’ascension du Mont-Blanc.

Les chercheurs de l’association EXALT ont recruté 22 sujets qu’ils ont soumis à des tests posturaux et de cognition pendant l’été 2017. Ces tests ont été réalisés d’abord en basse altitude, à Grenoble, puis à l’Aiguille du midi, à 3 800 m, afin d’évaluer les effets des somnifères en haute altitude. Après avoir absorbé un somnifère ou un placébo, les cobayes s’endormaient pour une courte nuit de 4 heures. Réveillés à 1h30 du matin, ils se prêtaient aux différents tests sous surveillance médicale.

Les résultats font apparaître qu’une prise de 10 mg du somnifère Zolpidem au coucher est responsable 4 heures plus tard d’une altération de l’équilibre susceptible d’impacter l’efficacité et la sécurité des alpinistes.

Impact des somnifères sur les alpinistes

En outre, il est désormais démontré que la prise d’un somnifère augmente le temps de réaction et le nombre d’erreurs sur des tests cognitifs simples. Il semble que l’altération des performances cognitives soit associée à une altération globale du fonctionnement cérébral.

Ces résultats suggèrent qu’une prise de somnifère en soirée avant un levé nocturne expose l’alpiniste à un risque accru d’accident. Ces nouvelles connaissances mériteraient d’être plus largement diffusées parmi les pratiquants, amateurs comme professionnels.


Samuel Vergès, Centre d’Expertise sur l’Altitude:

Samuel Vergès

“Sur les voies normales du mont Blanc, les somnifères pris en soirée risquent d’être encore actifs au moment où les alpinistes débutent leur ascension, étant données les heures de lever très matinales. Notre équipe a donc testé en condition réelle les effets d’un somnifère pris au coucher sur les capacités fonctionnelles lors d’un levé nocturne. Nos travaux indiquent qu’une telle prise médicamenteuse induit une nette altération de l’équilibre et des fonctions cognitives susceptibles d’altérer les capacités et la sécurité de l’alpiniste, crampons aux pieds, piolets à la main, dans un environnement exigeant.”




Article mis en ligne en mai 2018


SUR LE MÊME THÈME

Project thumbnail: Un masque pour s’acclimater à l’altitude FRANCE - UN MASQUE POUR S'ACCLIMATER À L'ALTITUDE

En avril 2015, une équipe de médecins français a testé un masque portatif sur une trentaine d’alpinistes et de trekkeurs volontaires de passage au camp de base du Manaslu (...)

En savoir plus