Chercher
 

L’impact des somnifères sur les alpinistes

La perspective d’une mauvaise nuit en refuge de haute montagne peut être une source d’anxiété pour l’alpiniste soucieux d’être en forme le lendemain. Dans ce contexte, certaines personnes sont susceptibles d’avoir recours aux somnifères. Bien qu’une telle approche présente l’avantage d’améliorer le sommeil, elle n’est pas sans risque à cause des effets résiduels, en particulier lors d’un lever matinal après une nuit courte.

MAI 2018  •  Actualisé en juin 2019

Impact des somnifères sur les alpinistes

Une campagne d’information sur les risques liés à l’usage des somnifères en altitude sera affichée dans les refuges et clubs alpins dès le mois de juin 2019 (télécharger l’affiche en A3)

Carte d’identité

  • Partenaire soutenu : EXALT, Centre d’Expertise sur l’Altitude (Laboratoire HP2, Université Grenoble Alpes et CHU Grenoble Alpes)
  • Localisation : France
  • Type de projet : Améliorer la connaissance
  • Soutien : 12 000 € depuis 2016

Une équipe de chercheur du Laboratoire HP2 INSERM de l’Université Grenoble Alpes a étudié les effets des somnifères sur la vigilance et l’habileté motrice des alpinistes lors d’un réveil en pleine nuit en altitude. Les résultats mettent en évidence une réduction des capacités physiques et mentale conduisant potentiellement à un risque accru d’accident.

Les effets des somnifères lors d’un lever matinal altèrent la vigilance et l’habileté motrice, exposant les alpinistes à un risque accru d’accident.

Une étude (voir ci-dessous) a montré qu’en altitude, avec une prise au coucher et un lever dans la nuit pour entreprendre l’ascension, on peut observer un effet résiduel du médicament pouvant entraîner une baisse de la vigilance et des performances motrices préjudiciable à la sécurité. Avant de se laisser tenter par un somnifère il faut savoir que l’activité physique est un puissant activateur physiologique susceptible de contrecarrer les effets potentiellement délétères d’une nuit précédente perturbée. Il est donc recommandé de bien dormir au cours des nuits précédant un séjour en altitude et d’utiliser les siestes comme autant d’occasions de récupération efficaces en dehors du sommeil nocturne habituel.

Pour diffuser ces nouvelles connaissances parmi les pratiquants, amateurs comme professionnels, une campagne d’information sur les risques liés à l’usage des somnifères en altitude a été présentée lors de la 2ème Journée Scientifique et Médicale, Montagne et Altitude EXALT à l'ENSA de CHAMONIX le 14 juin 2019 par l’association EXALT, la Fédération française des clubs alpins et de montagne (FFCAM), l’École Nationale de Ski et d’Alpinisme (ENSA) et la Fondation Petzl.

Mise en évidence de l’impact des somnifères

Impact des somnifères sur les alpinistes

En juillet 2017, les chercheurs de l’association EXALT ont recruté 22 sujets qu’ils ont soumis à des tests posturaux et de cognition. Ces tests ont été réalisés d’abord en basse altitude, à Grenoble, puis à l’Aiguille du midi, à 3 800 m, afin d’évaluer les effets des somnifères en haute altitude. Après avoir absorbé un somnifère ou un placébo, les cobayes s’endormaient pour une courte nuit de 4 heures. Réveillés à 1h30 du matin, ils se prêtaient aux différents tests sous surveillance médicale.

Les résultats font apparaître qu’une prise de 10 mg du somnifère Zolpidem au coucher est responsable 4 heures plus tard d’une altération de l’équilibre susceptible d’impacter l’efficacité et la sécurité des alpinistes. En outre, il est désormais démontré que la prise d’un somnifère augmente le temps de réaction et le nombre d’erreurs sur des tests cognitifs simples. Il semble que l’altération des performances cognitives soit associée à une altération globale du fonctionnement cérébral.

L’automédication chez les alpinistes

Arrivée au refuge du Goûter
Le refuge du Goûter, sur la voie normale du mont Blanc

En 2013, une première étude réalisée dans les refuges des Cosmiques et du Goûter, au départ des voies normales du mont Blanc, a montré que l’automédication est une pratique répandue chez les alpinistes gravissant le Mont Blanc. Des échantillons individuels d’urine ont été recueillis de façon anonyme et en insu dans les urinoirs utilisés par les alpinistes séjournant au refuge du Gouter ou des Cosmiques. Près de 39% des 430 échantillons révélaient une prise de médicaments, principalement des diurétiques pour lutter contre le mal aigu des montagnes (acétazolamide ou ‘Diamox’, 20,6%) mais aussi des somnifères (12,9%).

Voir les résultats de l’étude, publiée en juin 2016 (en anglais) par la revue scientifique américaine PLOS ONE

Cette première étude, qui soulève la question de la sécurité des pratiquants en haute montagne, avait incité les chercheurs à explorer plus en détail l’effet des somnifères en haute altitude.

En savoir plus sur EXALT et les études menées par l’association


Samuel Vergès, Centre d’Expertise sur l’Altitude:

Samuel Vergès

“Sur les voies normales du mont Blanc, les somnifères pris en soirée risquent d’être encore actifs au moment où les alpinistes débutent leur ascension, étant données les heures de lever très matinales. Notre équipe a donc testé en condition réelle les effets d’un somnifère pris au coucher sur les capacités fonctionnelles lors d’un levé nocturne. Nos travaux indiquent qu’une telle prise médicamenteuse induit une nette altération de l’équilibre et des fonctions cognitives susceptibles d’altérer les capacités et la sécurité de l’alpiniste, crampons aux pieds, piolets à la main, dans un environnement exigeant.”




Article actualisé en juin 2019


SUR LE MÊME THÈME

Project thumbnail: Un masque pour s’acclimater à l’altitude FRANCE - UN MASQUE POUR S'ACCLIMATER À L'ALTITUDE

En avril 2015, une équipe de médecins français a testé un masque portatif sur une trentaine d’alpinistes et de trekkeurs volontaires de passage au camp de base du Manaslu (...)

En savoir plus