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Mieux connaître l’accidentologie des sports de montagne

Depuis 2012, la Fondation Petzl soutient un collectif de recherche pluridisciplinaire afin d’améliorer les connaissances sur l’accidentologie des sports de montagne. Mieux connaître l’ampleur du phénomène, les profils des victimes et les contextes propices à l’occurrence d’accidents, permettra à terme d’améliorer la prévention.

JANVIER 2015 • Article actualisé en janvier 2017

Visuel de l'étude Sérac

Carte d’identité



Incidents et quasi-accidents : premiers enseignements et perspectives de prévention

Depuis décembre 2015, la base de données SERAC sur camptocamp.org recueille les récits d’incidents et de quasi-accidents vécus par les pratiquants. L’objectif est d’ouvrir des perspectives de prévention grâce à l’analyse scientifique des scénarios recueillis. En janvier 2017, les chercheurs du Laboratoire sur les Vulnérabilités et l’Innovation dans le Sport (Lyon 1) ont livré les premiers enseignements de la base SERAC : des résultats prometteurs.

Après 11 mois de test sur camptocamp.org, la base de donnée SERAC avait déjà recueilli 184 témoignages. Dans un rapport publié en janvier 2017, les chercheurs lyonnais du Laboratoire sur les Vulnérabilités et l’Innovation dans le Sport ont identifié les principaux facteurs à l’origine des événements rapportés et ont tenté de mieux comprendre les scénarios typiques pouvant mener à des situations d’accident. Ils soulignent notamment que :

  • l’expérience peut se révéler mauvaise conseillère, lire page 10
  • la pression d’un groupe téméraire pousse parfois le chef de course à la faute, lire page 12
  • certaines opportunités semblent trop belles pour renoncer alors que tous les signaux sont au rouge, lire page 13

Le rapport détaille également les profils des contributeurs. La catégorie la plus active sur SERAC correspond à un homme de 26 à 35 ans, assez expérimenté voire expert, effectuant plus de 15 sorties par an. Une partie importante de leur étude se porte sur les scénarios accidentels en ski de randonnée au premier rang desquels figure l’avalanche (63% des récits en ski de randonnée). Concernant l’alpinisme et l’escalade, la chute du grimpeur constitue l’événement le plus rapporté (47% des témoignages) suivi par la chute de pierre ou de glace (34%).

Le travail des chercheurs confirme que les scénarios d’incidents ou de quasi-accidents possèdent une grande valeur pédagogique. Contrairement aux accidents, ils permettent l’identification des facteurs qui ont permis d’éviter un véritable accident. La multiplication des témoignages dans les années à venir devrait permettre d’affiner la connaissance des scénarios accidentogènes. L’enjeu est de construire une expérience collective et d’encourager le développement d’une culture plus poussée de gestion des risques.


Incidents et quasi-accidents dans les sports de montagne, premiers enseignements et perspectives de prévention
Ici le rapport à télécharger en PDF


Pour aller plus loin :



Aperçu des possibilités offertes par la représentation graphique des évènements
avec le logiciel Storybuilder (voir pages 22-23)





Partager ses mésaventures pour améliorer la prévention

Les travaux de recherche menés en 2014 sur l’accidentologie des sports de montagne ont permis d’identifier l’étude des  « quasi » ou « presque » accidents comme une sérieuse piste de progrès dans la compréhension des scénarios accidentogènes. Depuis décembre 2015, un formulaire de recueil de témoignages d’incident, quasi-accident et d’accident de montagne est proposé en test sur le site camptocamp.org.

Glacier du Geant ©CC-by-sa Cermygian
Glacier du Geant

Ce formulaire a été conçu par les chercheurs du Centre de recherche et d’innovation sur le sport (Université Lyon 1) avec l’appui de professionnels de la montagne et de bénévoles de l’association Camptocamp. Il sera déployé au printemps 2016 sur la nouvelle version du site collaboratif Camptocamp.org, soutenue par la Fondation Petzl.

L’objectif de cet outil est de construire une expérience collective. Les pratiquants peuvent désormais apprendre des mésaventures des autres. L’autre ambition de cette démarche est de dégager des pistes d’actions préventives par l’analyse scientifique de cet ensemble de récits.
La mise au point d’un formulaire de recueil d’informations est affaire d’équilibre. Trop riche, il décourage les potentiels contributeurs devant le nombre de champs à compléter. Trop synthétique, il ne permet pas l’identification des différents facteurs aboutissant à une situation critique.

Les chercheurs du Centre de recherche et d’innovation sur le sport se sont notamment inspirés de sites spécialisés dans la collecte d’accidents et d’incidents de montagne comme www.securitealpine.ch, animé par le club alpin suisse et le bureau fédéral de prévention des accidents (Suisse).  Une étudiante de Master 2 s’est intéressée aux différents systèmes de retour d’expérience largement répandus dans les milieux industriels et hospitaliers en Europe et à l’étranger pour identifier des approches transposables à la montagne.


Accidentologie des pratiques sportives de montagne : proposition d’un outil de retour d’expérience, Maud Vanpoule
Télécharger : Maud Vanpoule,
Accidentologie des pratiques sportives de montagne :
proposition d’un outil de retour d’expérience
,
Université Lyon 1, STAPS, CRIS. 2015

Au même titre que l’étude des accidents, l’analyse des scénarios d’incidents et de quasi-accidents permet d’identifier des circonstances propices, des facteurs de risque récurrents ou encore des secteurs sensibles, des informations essentielles pour construire une prévention efficace. En cela, ces scénarios possèdent une grande valeur pédagogique car contrairement aux accidents, les incidents et les quasi-accidents présentent un intérêt spécifique : permettre l’identification des facteurs qui ont permis d’éviter un véritable accident.

Les incidents et quasi-accidents représentent une source encore inexploitée d’apprentissage. Plus nombreux que les accidents, ils sont aussi moins lourds de conséquences. Les témoignages sont donc plus faciles à recueillir car moins chargés émotionnellement.





État des lieux et diagnostic

Pour mieux cerner la réalité de l’accidentologie des sports de montagne, un collectif de chercheurs spécialisés dans les accidents de sports a répertorié et croisé les sources qui produisent chaque année des données sur les accidents dans le monde. Cette première phase de recherche a donné lieu à la publication d’une étude en décembre 2014 intitulée : «Accidentologie des sports de montagne, état des lieux et diagnostic »

Nous avons la conviction que les discours de prévention et les contenus des formations techniques de montagne pourraient gagner en efficacité et être mieux ciblées en s’appuyant davantage sur une meilleure connaissance de la fréquence des accidents, des facteurs de risque et des scénarios typiques qui conduisent à une situation accidentogène.

Il existe en France comme à l’étranger de nombreux organismes qui collectent des données sur les accidents. Mais ces données sont dispersées, parfois incomplètes, peu homogènes dans la manière dont elles sont récoltées et de ce fait, difficile à comparer entres elles. 

C’est pourquoi, il a paru nécessaire dans un premier temps de répertorier les sources qui produisent des données sur les accidents de montagne et de mesurer comment nous pouvions en tirer partie pour améliorer nos connaissances sur l’accidentologie de montagne.

Cette première phase de recherche a donné lieu à un rapport intitulé « Accidentologie des sports de montagne, état des lieux et diagnostic » que vous pouvez télécharger ici.

Couverture livret "Accidentologie des sports de montagne"

A la lecture de ce document, on apprend notamment que :

  • le massif du Mont-Blanc (versant français) concentre plus de 30% des décès, dont près de la moitié en alpinisme. voir page 10
  • 36% des personnes secourues en France sont indemnes. voir page 14
  • les accidents graves voire mortels touchent souvent des locaux disposant a priori de connaissances, plus exposés du fait d’un nombre élevé de sorties en montagne. voir page 22
  • 81% des décédés dans le massif du Mont Blanc et 80% des décédés dans les montagnes autrichiennes sont des hommes. voir page 22
  • les accidents interviennent majoritairement à la descente, dans bien des cas en dehors des passages considérés comme les plus difficiles. voir page 32
  • les dangers dits objectifs (chute de pierres, de glace, cassure de corniche, …) ne sont à l’origine que de 3% à 4% des interventions de secours en Suisse. voir page 32
  • 59% des blessures en escalade (falaises équipées) sont de gravité mineures. voir page 43

images extraites du livret "Accidentologie des sports de montagne"

Résumé de l’étude « Accidentologie des sports de montagne, état des lieux et diagnostic » :

  • La prévention des risques liés à la pratique des sports de montagne doit reposer sur une connaissance approfondie des mécanismes accidentels.
  • L’état des lieux présenté dans ce document résulte du recensement et du croisement des données existantes, en France comme à l’étranger, sur les accidents sportifs en montagne. Il ambitionne de mieux connaître l’ampleur du phénomène, les profils des victimes, mais aussi des facteurs explicatifs et contextes propices à l’occurrence d’accidents.
  • Ce rapport correspond à la première phase d’un projet plus large. En effet, la synthèse réalisée laisse entrevoir des pistes d’amélioration de l’accidentologie. Ce sera l’objet d’une deuxième phase, qui consistera à mettre en œuvre une méthodologie d’analyse régulière des données sur les accidents, destinée à mieux cibler les causes récurrentes d’accidents et à permettre la reconstruction de scénarios type.

C’est grâce à cette connaissance affinée du déroulement des accidents sportifs en montagne que l’on pourra progresser en termes de mesures, de discours et de pratiques préventifs. 

Accidentologie des sports de montagne, extrait © O.Moret



Accident, incident, quasi-accident, quelles différences ?

illustration : Accident, incident, quasi-accident, quelles différences ?

Un accident est un événement ayant entraîné une ou plusieurs blessures physiques que les secours organisés soient intervenus ou non. Dès lors qu’un événement engendre une blessure, il peut être considéré comme un accident quelle que soit la gravité de l’impact corporel. 



Un incident caractérise un événement qui s’est produit sans occasionner de blessure. Exemples : chute ou avalanche sans conséquences physiques, chute de pierres à proximité, etc.



Un quasi-accident est une situation dans laquelle aucun événement spécifique ne se produit, mais plusieurs ingrédients étaient réunis pour que la situation dégénère potentiellement vers un incident ou un accident ("c’était chaud !"). Exemple : être perdu dans un itinéraire, ne pas disposer du matériel nécessaire, prendre conscience au dernier moment d’un encordement non réalisé, se retrouver en état d'épuisement, etc.

Article actualisé en janvier 2017


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