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Vietnam, des chercheurs au sommet des grands arbres

En septembre 2015, le Museum d’Histoire Naturelle de Paris a organisé une mission scientifique dans le parc national de Cuc Phong, créé en 1962 au Vietnam. Pour les chercheurs, ce site est exceptionnel, car sa forêt préservée de longue date héberge une richesse biologique impressionnante. Ils ont pu explorer la canopée de la forêt et faire un inventaire de sa biodiversité grâce aux arboristes de l’association EnQuête d’Arbres qui les accompagnaient.

JANVIER 2016

Récolte des insectes au parc national de Cuc Phong au Vietnam re © Philippe Psaila
Deux méthodes pour récolter les insectes : Pham Hong Thaï utilise une épuisette tandis qu’Eric Guilbert tape sur le feuillage pour les faire tomber dans un parapluie en toile.

Carte d’identité

L’objectif de la mission était de prélever des échantillons afin de mesurer la richesse de la biodiversité de la faune et de la flore, du sol au sommet des arbres. Il ne s’agissait pas de réaliser un inventaire exhaustif, mais un échantillonnage qui permettra d’apporter des éléments nouveaux sur l’origine des espèces et de mieux comprendre la répartition de colonies d’individus semblables dans des territoires très éloignés.

Deux grimpeurs de l’association EnQuête d’Arbres accompagnaient les scientifiques du Museum d’Histoire Naturelle de Paris. Ils avaient pour mission de former les chercheurs vietnamien et français aux techniques d’accès dans la canopée et de tester des techniques nouvelles pour capturer les insectes ou photographier des reptiles en hauteur.

Pour l’entomologiste (étude des insectes) Adeline Soulier Perkins, cette mission sur le terrain a permis d’établir les relations de parenté qui existent entre les espèces. Tout le matériel biologique récolté a été déposé en collection au Vietnam et en France. Les échantillons prélevés durant la mission sont en cours d’analyse. L’étude en laboratoire devrait permettre de tester différents scénarios expliquant comment les insectes ont colonisé la planète.

Laurent Pierron récolte des orchidées et un rameau de Ficus, ©psaila
Piloté par un botaniste, Laurent Pierron récolte des orchidées et un rameau de Ficus.


Paparazzi des grands arbres

L’herpétologue Yvan Ineich est spécialisé dans l’étude des reptiles. Il a participé à cette mission pour observer les espèces dans leur milieu. Avec l’aide des arboristes-grimpeurs, il a mis en place pour la première fois des appareils photos à déclenchement automatique, sensibles aux mouvements et à la chaleur. L’installation de ces pièges photos dans des zones précises de la canopée n’est pas chose facile, mais les résultats obtenus sont prometteurs : un serpent non identifié a été photographié. Il pourrait appartenir à une espèce jamais décrite vivant dans le haut des arbres à près de 20 mètres de haut.

Serpent du parc national de Cuc Phong au Vietnam, ©PsailaRécolte d'insectes dans le parc national de Cuc Phong au Vietnam, ©EnQuête d'Arbres
Araignée et serpent du parc national de Cuc Phong au Vietnam, ©Psaila

Pour les ornithologues, la pose de filet au sol (3m x 12m) est classique pour attraper oiseaux et chauve souris. Quasiment invisibles et très fins, la mise en place de ces filets dans les canopées est plus complexe à cause de l’entrelacs de branches et de végétation dans lequel ils peuvent se coincer. Les arboristes ont mis en place un système de cordelettes permettant aux scientifiques de descendre le filet depuis sol. Cette solution originale ouvre de nouvelles possibilités de travail pour l’étude des espèces qui vivent ou chassent dans les hauteurs des grands arbres.

Cissa hypoleuca (famille des pies) du parc national de Cuc Phong au Vietnam, ©Psaila
Jérome Fuchs a capturé un Cissa hypoleuca (famille des pies) dans son filet.

Au cours de cette expédition, les arboristes-grimpeurs ont constaté que les scientifiques apprennent vite à grimper et se déplacer dans les arbres, en utilisant le matériel comme un  moyen de transport. Mais parvenu en hauteur sur leur zone de travail, ils sont accaparés par leurs recherches et oublient qu’ils évoluent dans un environnement à risque. Les grimpeurs doivent alors redoubler de vigilance pour assurer leur sécurité et prévenir les accidents.

Cette mission a confirmé l’intérêt d’une collaboration entre grimpeurs et scientifiques. Les techniques modernes de grimpe dans les arbres offrent des solutions souples et efficaces pour le travail des scientifiques et leur permet d’accéder à de nouveaux territoires de recherche.

Témoignage de Jérémie Thomas, arboriste-grimpeur fondateur d'EnQuête d'Arbres :

Jérémie Thomas, arboriste-grimpeur fondateur d'EnQuête d'Arbres, ©EnQuête d’Arbres« L'attrait et la difficulté de cette mission au Vietnam était la variété des champs de recherches (chauve-souris, reptiles, oiseaux, botanique, insectes...) et la différence de niveau en grimpe des scientifiques : grandes premières pour certains, routine de travail pour d'autres. On a dû improviser, trouver des solutions, comprendre les protocoles et les objectifs des chercheurs pour proposer les solutions techniques les plus efficaces possibles. À titre personnel, c'est hyper enrichissant de côtoyer ces chercheurs, vietnamiens ou français, de partager leur passion et d’essayer de comprendre leurs recherches. »

Article mis en ligne en janvier 2016


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