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Le retour du Gypaète barbu dans les Alpes

Vautour magnifique de près de 3 mètres d’envergure, le Gypaète barbu disparaissait des Alpes au début du 20ème siècle. Victime des légendes, il était accusé, à tort, de s’attaquer aux troupeaux et d’enlever les enfants… La Fondation Petzl soutient le Conservatoire d’Espaces Naturels de Haute Savoie (association Asters) pour renforcer la population en devenir dans les Alpes.

SEPTEMBRE 2014

Gypaète barbu de face © Antoine Rezer
Gypaète barbu de face

Carte d’identité

  • Partenaires soutenus : Conservatoire départemental d'espaces naturels de Haute-Savoie (Asters) www.asters.asso.fr et pour le film, Mathieu Le Lay de l'Association de l'Institut francophone de formation au cinéma animalier.
  • Localisation : Haute Savoie, France
  • Type de projet : Préservation de l'environnement
  • Soutien : 14 500 € depuis 2008 et dotation de matériel pour les baguages.

Réintroduction du Gypaète dans les Alpes

Le Gypaète barbu, rapace mythique de l'arc alpin, vit et niche dans les falaises de moyenne et haute montagne. C'est l'un des 4 grands vautours d'Europe, avec le Vautour Fauve, le Vautour Moine et le Percnoptère. Il reste l'une des espèces les plus menacées en Europe.

Pourtant, le Gypaète participe au nettoyage des zones de montagne en éliminant les carcasses et permet ainsi d'éviter la propagation de maladies.

Gypaète barbu de face © Antoine Rezer
Gypaète barbu de face

C'est un maillon essentiel du bon fonctionnement de l'écosystème : il ingurgite les os des carcasses, qu'il brise en les projetant sur des rochers depuis les airs ! Il a été réintroduit avec succès en France en 1986 grâce à l'association Asters, qui anime aujourd'hui le Plan d'Actions en faveur de cette espèce sur les Alpes françaises.

Gypaète barbu technique os
Le gypaète est surnommé le « casseur d'os » car il jette les os sur les champ de pierres. Il en mange ensuite les débris.

Interview Marie Heuret et Etienne Marlé, de l'association Asters, Conservatoire des espaces naturels de Haute-Savoie

« L'espèce n'est pas encore sauvée»

Etienne Marle © ASTERS Marie Heuret © ASTERS

Marie Heuret est coordinatrice du programme Gypaète.
Etienne Marlé est technicien faune, responsable du centre d'élevage de Gypaètes barbu.
Tout deux travaillent au sein de l'association Asters.

Quel rôle a joué Asters pour le Gypaète barbu ?

Etienne Marlé : Asters a été à l'origine de la réintroduction du Gypaète barbu, en particulier en Haute-Savoie. Tout en continuant à animer ce programme, l'association s'implique désormais dans le plan de restauration national de ce vautour. Asters œuvre également à l'implication des acteurs locaux, du grand public et des enfants, à la sauvegarde du Gypaète barbu.
Néanmoins, si les actions entreprises ont porté leurs fruits, l'espèce n'est pas encore sauvée.

Quelles sont vos actions pour renforcer la population ?

Etienne Marlé : Tous les oiseaux réintroduits dans la nature proviennent du réseau d'élevage européen. Asters gère le centre d'élevage de Haute-Savoie, unique en France, qui s'intègre dans ce même réseau.
Le suivi de la reproduction en captivité s'effectue grâce à la vidéosurveillance, dont les images sont retransmises sur le site Internet www.gypaete-barbu.com. Les poussins nés dans ce centre sont ensuite relâchés sur l'un des sites alpins ou dans le cadre d'autres projets européens, en Andalousie, en Sardaigne…

Comment se fait le suivi des oiseaux et de leur reproduction dans la nature ?

Marie Heuret : Le suivi des oiseaux dans la nature s'effectue grâce à un réseau d'environ 300 observateurs en Haute-Savoie (bénévoles passionnés, gardiens de refuge, agents des réserves naturelles, de l'Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage, de l'Office National des Forêts etc).
Les informations récoltées dans le cadre de l'International Bearded Vulture Monitoring permettent d'évaluer la réussite du programme : nombre de couples, taux de survie, de mortalité…

Gypaète barbu de face © Antoine Rezer

Quelles sont les menaces sur ce rapace ? Comment les réduire ?

Marie Heuret : De nombreuses menaces, qu'elles soient d'origine humaines ou naturelles, pèsent sur cette espèce. Lorsqu'ils sont encore au nid, les juvéniles sont soumis aux intempéries, au braconnage, ainsi qu'à la prédation. Les câbles aériens, réseau électrique et remontées mécaniques, ainsi que les empoisonnements sont également responsables de pertes non négligeables. La présence humaine peut constituer une menace supplémentaire, notamment le dérangement pendant la couvaison qui pourrait causer la perte de l'œuf ou du poussin.
Par ailleurs, il faut attendre que l'oiseau atteigne l'âge de 7 à 8 ans avant qu'il ne puisse se reproduire.
Sur un territoire subissant de fortes pressions dues aux activités touristiques, il est essentiel que les causes de mortalité directe des individus et les causes de dérangement des sites de nidification soient combattues en priorité.
Nous travaillons pour :
• favoriser l'information au niveau des fédérations de chasse et ainsi éviter le braconnage,
• favoriser l'enfouissement des infrastructures électriques ou la visualisation de remontées mécaniques existantes,
• garantir au gypaète la tranquillité pendant toute la période de reproduction, d'octobre à août,
• garantir le maintien des ressources alimentaires non domestiques.

Baguer les gypaètons

En 2013, avec 22 couples reproducteurs pour 10 poussins à l'envol dans les Alpes, la population du Gypaète barbu est en constante augmentation mais demeure toujours à des niveaux faibles. Pour mieux connaître leur démographie, les naturalistes équipent les jeunes oiseaux de bagues de couleur, ce qui permet une identification visuelle à distance.

Les Gypaètes barbus sont suivis de près, pour évaluer leur santé, mieux connaître la population alpine et ses échanges avec les populations pyrénéennes ou corses. Ces observations permettent aussi d'évaluer l'efficacité des mesures de conservation.

En 2013, pour identifier et suivre les jeunes nés dans la nature, l'association Asters a décidé de baguer les poussins au nid. L'espèce est très sensible au moindre dérangement. Le baguage du poussin est réalisé quand celui-ci est assez grand et autonome, mais pas trop tard pour ne pas risquer un envol précoce.

gypaètons de 3 semaines
Un poussin de 3 semaines

Trois couples reproducteurs vivent en Haute-Savoie. Avec un échec de reproduction et deux réussies, dont une première pour un des couples, un seul poussin a pu être bagué. Il sera suivi après son envol, grâce à un réseau d'observateurs bénévoles. Des grimpeurs se sont portés volontaires.

En plus d'un soutien financier, la Fondation Petzl a fait une dotation de matériel d'escalade pour permettre aux naturalistes d'accéder aux nids.

Le Gypaète barbu : un bon acteur !

Favoriser la conciliation entre naturalistes et grimpeurs pour permettre un partage intelligent des falaises, est une des volontés de la Fondation Petzl. C'est pourquoi elle a accompagné Asters pour la réalisation d'un film sur l'enjeu de la préservation du gypaète et des activités de pleine nature.

Un des objectifs majeurs du film était d'encourager des comportements respectueux afin de ne pas déranger ces oiseaux sur les sites de grimpe lors des nidifications.

Le court-métrage:

Gypaète Airlines de Mathieu Le Lay.

En 2011, la Fondation Petzl a également participé au financement du film documentaire « Des Gypaètes et des Hommes », réalisé par Mathieu Le Lay : un voyage en plein ciel avec cet oiseau mythique des Alpes, pour découvrir ce vautour fragile et menacé et suivre son aventure aux côtés des hommes. Diffusé sur la chaîne Montagne TV et Ushuaïa TV, le documentaire a été sélectionné dans de nombreux festivals internationaux entre 2011 et 2012. Il a obtenu 5 prix et une mention spéciale du Jury !

« Cette espèce emblématique du milieu alpin suscite énormément de curiosité », explique le réalisateur Mathieu Le Lay. « L'engouement du public est présent : le film a rempli de nombreuses salles à travers la France. Il touche le grand public, aussi bien les plus jeunes (6-8 ans) que les plus âgés. »
Pour ce jeune cinéaste animalier, « Cela a été un vrai bonheur de tourner un film sur un rapace aussi beau : le Gypaète est un oiseau magnifique ! J'ai surtout voulu montrer une relation où l'homme et la nature sont en interaction pour le meilleur, et non pour le pire.

Gypaète barbu vol © Jean-Luc Danis

Aujourd'hui, ces rapaces sont bien protégés, grâce à l'information diffusée par Asters et au travail de sensibilisation des gardes et techniciens des parcs.
Les usagers ont compris la problématique de conservation et respectent l'oiseau : les éleveurs l'acceptent, ils savent désormais que le Gypaète ne s'attaque pas à leur bétail, se nourrissant seulement de cadavres.

Les grimpeurs respectent les zones de protection signalées, les photographes les distances imposées, les praticiens d'ULM les périodes d'interdiction, etc. Être parvenu à ce consensus constitue une très belle réussite : en quelques années, l'homme a réparé plusieurs centaines d'années de persécution. »

Documentaire des Gypaètes et des Hommes
Extrait du documentaire Des Gypaète et des hommes, de Mathieu Le Lay

Marie Heuret, Responsable du programme Gypaète chez Asters, complète : « Ce film a un succès fou, tout le monde veut le voir ! Le film fournit un outil incroyable pour parler de nos actions de réintroduction et de conservation, et mobiliser de nouveaux bénévoles pour le suivi de l'espèce. »

La bande annonce du film :


• Voir également l'Official Movie Trailer - Des Gypaetes et des Hommes sur Vimeo

• Le DVD du film est en vente sur le site de Matthieu Le Lay, sur la page web consacrée au film (onglet DVD)

Lâcher réussi dans le massif du Vercors

Trois Gypaètes Barbus ont été réintroduits dans le massif du Vercors en juin 2010. Cette action a pour objectif de renforcer la population alpine et de créer un corridor entre les Alpes et les Pyrénées.

Cette réintroduction s'inscrit dans le cadre d'une politique de restauration de la biodiversité menée par le Parc naturel régional du Vercors depuis les années 1980. Elle a fait l'objet d'un partenariat avec le conservatoire d'espaces naturels Asters, la VCF (Vulture Conservation Foundation) et la LPO (Ligue de Protection des Oiseaux).

Ce plan de conservation est également soutenu par le Ministère de l'Ecologie, de l'Energie, du Développement Durable et de la Mer.

le site du lâcher, une grotte à mi-hauteur de la falaise, en arrière-plan Le site du lâcher des Gypaètes, une grotte à mi-hauteur de la falaise, en arrière-plan.

Observation du site de lâcher depuis une cabane
Observation du site de lâcher depuis une cabane

Le Gypaète Barbu est une espèce « philopatrique », c'est-à-dire fidèle à son lieu de naissance ou de lâcher, mais il n'est pas certain qu'il y revienne. Afin de maximiser les chances de succès de cette réintroduction, le Parc naturel régional du Vercors a prévu de renouveler cette opération tous les ans et ce, jusqu'en 2015.

Gypaète barbu tête © Julien Heuret Gypaète barbu vol

Comme le souligne Benoit Betton, animateur du pôle biodiversité au sein du Parc Naturel Régional du Vercors :

« Il faut favoriser le dialogue entre les différentes parties prenantes afin que tout le monde puisse bénéficier d'un milieu naturel préservé. Il n'est pas question d'interdire la pratique de l'escalade mais de trouver des terrains d'entente pour le partage du territoire. La réintroduction du vautour fauve en 2007 à Archiane est la preuve que la cohabitation entre les grimpeurs et les oiseaux fonctionne. En effet ce sont aujourd'hui les grimpeurs qui renseignent les naturalistes sur la présence des vautours sur le site et proposent des solutions, comme par exemple le contournement des voies d'escalade. ».

La vidéo de l'envol des gypaètes :


Pour en savoir plus sur le Gypaète barbu : www.gypaete-barbu.com

Article réactualisé en septembre 2014


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