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Garantir l'accès au site de grimpe de Red River Gorge, Kentucky

La Coalition des Grimpeurs de Red River Gorge (RRGCC) est un groupe de grimpeurs qui s’est réuni pour protéger, promouvoir et garantir une escalade responsable sur le site de Red River Gorge dans le Kentucky, aux Etats-Unis. La RRGCC a tout simplement effectué le plus important achat de terrain jamais réalisé dans le monde par une association de grimpeurs. 

SEPTEMBRE 2014

Red River Gorge

Carte d’identité

  • Partenaires soutenus : Coalition des Grimpeurs de Red River Gorge (RRGCC), www.rrgcc.org
  • Localisation : Kentucky, Etats-Unis
  • Type de projet : Préservation de l'environnement
  • Soutien : 19 000 € en 2007 et 2008

Christophe Migeon, journaliste, interviewe  Morgain Sprague, passionnée de grimpe et responsable projet depuis 2006 de la RRGC

Qu’est-ce qui a motivé la création du RRGCC ?

site de Red River Gorge Morgain Sprague : Red River Gorge est un site de réputation internationale perdu dans la forêt dense de l’est du Kentucky, une collection de falaises de grès, dotées de plusieurs centaines de voies de 15 à 50 mètres de haut, équipées ou non. La RRGCC est une association qui s’est constituée en novembre 1996 afin de défendre les grimpeurs de Red River Gorge. Le site était alors géré par le service des Eaux et forêts (USFS) qui venait d’éditer un petit manuel à destination des grimpeurs et dont les dispositions étaient particulièrement draconiennes.
La RRGCC s’est créée afin d’instaurer le dialogue entre grimpeurs et l’USFS, et de réécrire ensemble le guide. Par la suite, la RRGCC s’est efforcée de maintenir des conditions de grimpe pérennes dans la région.

Quelle était la motivation derrière le rachat des terrains de la Pendergrass-Murray Recreational Preserve, PMRP ?

Grimpe Red River Gorge © Keith Ladzinski Morgain Sprague : Les terrains autour des sites de Red River Gorge recèlent des gisements de pétrole dont l’exploitation avec la montée du prix du baril est devenue économiquement rentable, d’autant que le Kentucky est un état très pauvre. Dans les années 90, nous avons eu de nombreux problèmes de cohabitation avec les exploitants pétroliers. Il faut dire qu’il y en a plus de 200. Les conditions d’accès aux sites n’étaient plus garanties, les incidents étaient de plus en plus fréquents. En 2004, un lot de 750 acres (environ 300 hectares) comprenant des sites de grimpe exceptionnels ont été mis en vente par des particuliers (la famille Murray) qui détenaient ces terrains depuis plusieurs générations. L’occasion était unique : la RRGCC s’est portée acquéreur afin de garantir définitivement l’accès aux grimpeurs.

Quel est aujourd’hui votre problème majeur ?

Morgain Sprague : Nous avons du faire un emprunt à 8% sur 10 ans pour racheter l’ensemble. Cela fait des annuités de 30 000 $ environ et ce jusqu’en 2013. Nous avons réussi jusqu’à présent à honorer chaque échéance, mais les donateurs commencent à se fatiguer. L’aide de la Fondation Petzl s’est tout simplement révélée vitale pour nous.

Comment êtes-vous rentrés en contact avec la Fondation Petzl ?

Morgain Sprague : En 2007, John Evans, directeur marketing de Petzl America a eu l’idée d’associer un évènement d’escalade, le Petzl Roc Trip au Rocktoberfest, la manifestation de collecte de fonds annuelle organisée par les grimpeurs de la Red River Gorge, afin d’attirer l’attention du monde de la grimpe sur les menaces qui pesaient sur ces falaises. C’est John, l’un de nos supporters numéro un qui nous a mis en contact avec la Fondation Petzl.
Nous avons pu récolter en un week-end 30 000 $, dont 10 000 $ de la Fondation elle-même, autrement dit, la totalité des remboursements de l’année. Le soutien ne s’est pas réduit à l’aspect financier : le coup de pouce de la Fondation en matière de communication a été considérable.

L’événement et le buzz qu’il y a eu autour ont permis de faire connaître notre cause à tous les acteurs du secteur dans le monde entier. Début 2007, à l’Outdoor Trade Show (un grand salon de matériel outdoor), personne n’avait entendu parler de nous. En février 2008, lorsque je suis passée, tout le monde me demandait où en était notre affaire. Je dirais que nous avons de 80 à 90 % de donations en plus par rapport à 2006 !

Vous mettez en avant de graves problèmes de pollution dans la région. Pourtant sur les images, la situation n’a pas l’air si grave.

Grimpe Red River Gorge © Keith Ladzinski Morgain Sprague : Les grosses compagnies pétrolières se sont retirées de la région il y a longtemps, mais depuis l’augmentation des prix du brut, les fermiers ont monté des petites opérations d’extraction qui ne sont pas toujours aux normes. L’eau, la nappe phréatique sont parfois polluées, il y a une multitude de conduites et de tuyaux dont certains sont rouillés et laissent échapper du brut sur le sol. Par endroit, l’air sent le pétrole ou le gaz. Le Kentucky est un endroit luxuriant, même si cette pollution n’est pas toujours visible, car elle est cachée par toute cette verdure.

Jean-Jacques Eleouet, secrétaire général de la Fondation Petzl: Sans doute le tableau de la pollution du site a-t-il été un peu catastrophiste. Nous avons envoyé là-bas des journalistes environnementaux qui sont revenus hélas, ou heureusement ! sans véritable sujet. De toute façon, même sans cela, nous aurions soutenu ce projet. Nous souhaiterions maintenant que l’association sensibilise de son côté les grimpeurs quant à leur impact sur le milieu. Il faut aussi encourager la communauté des grimpeurs à se poser la question de l’impact sur ces falaises du mode de pratique de l’escalade aujourd’hui pour les générations futures.

 Quelles sont désormais les relations des grimpeurs avec les voisins chercheurs de pétrole?

Morgain Sprague : Elles sont bien meilleures qu’en 2007, et ce notamment depuis le soutien de la Fondation Petzl et l’énorme coup de projecteur reçu.

Depuis qu’ils ont réalisé que nous parvenions à payer les annuités, ils se sont montrés bien plus enclins à collaborer avec nous pour la gestion des ressources. Heureusement, un vrai dialogue s’est instauré.
Aux Etats-Unis, une personne peut être propriétaire du sol, avoir une maison dessus et en même temps,  une autre personne peut être propriétaire du sous-sol et des droits minéraux.

En ce qui concerne le terrain du PMRP, nous utilisons la surface pour la grimpe, tandis que la Charman Oil Company, à qui la famille Murray a cédé les droits minéraux, exploite le sous-sol. Nous sommes parvenus à plusieurs accords avec eux, par exemple sur l’entretien des routes d’accès, utilisées par un grand nombre de grimpeurs.

Si le RRGCC se montrait incapable de faire face aux échéances de paiement, tous les efforts consentis seraient perdus puisque l’association perdrait alors ses titres de propriété.

Jean-Jacques Eleouet: Soutenir ce projet est certes risqué, mais c’est un beau risque. Si le besoin s’en faisait sentir, il serait toujours temps pour nous de décrocher notre téléphone et de contacter nos concurrents et les autres acteurs du secteur pour les inciter à s’engager à nos côtés.
Mais pour l’instant, les membres de la RRGCC se débrouillent plutôt bien. Ce qui me plaît particulièrement dans ce projet, c’est qu’ils se prennent vraiment en charge et ne se contentent pas, comme c’est souvent le cas dans la tradition française, de créer une association et d’aller frapper à la porte des financements publics.

MiniBio Morgain Sprague

Morgain Sprague Naissance le 17 août 1972.
Diplôme en sciences politiques à l’Université du Kentucky, puis doctorat en droit à l’Université de Cincinnati.
Expert juridique pour la police du Kentucky.
Son endroit favori: une petite corniche à flanc de falaise au-dessus de la rivière Kentucky. « Je l’appelle mon coin à rires. J’aime m’y retrouver et regarder de là-haut la course du monde. »
Son personnage préféré : sa grand-mère. « Elle est née dans les années 1900. C’était un garçon manqué, parfaitement indiscipliné, qui a grandi en compagnie de cow boys et de chevaux. Elle fut la première femme à porter des pantalons dans le comté de Lyon. C’était une sacrée bonne femme, dure et déterminée, mais qui savait aussi se montrer par moments sensible et aimante. J’espère chaque jour honorer sa mémoire. »

Article réactualisé en septembre 2014


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