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Népal :un centre de formation aux métiers de la montagne

A une heure de voiture au nord de Katmandou, dans le village de Kakani, une petite bâtisse adossée à un mur d’escalade se dresse sur une crête à 2 000 m d’altitude. C’est sur un site appartenant à la Nepal Mountaineering Association (NMA) que sont dispensées des formations de base aux métiers de la montagne par des équipes d’encadrants français et népalais, avec le soutien de la Fondation Petzl.

SEPTEMBRE 2014


Carte d’identité

  • Partenaires soutenus : Projet initié et conduit par la Fondation Petzl en lien avec la Nepal Mountaineering Association (NMA) www.nepalmountaineering.org et l’Union international des associations d’alpinisme (UIAA) www.theuiaa.org
  • Localisation : Népal, Asie
  • Type de projet : Prévention des accidents
  • Soutien : 96 000 € depuis 2006

Vers l’autonomie des formations au Népal

Après la reconnaissance de ses guides de montagne par l’Union internationale des associations de guides de montagne (UIAGM) en 2012, la Fédération népalaise d’alpinisme (NMA) est en bonne voie vers une reconnaissance de ses formations d’accompagnateurs par l’Union internationale des associations d’alpinisme (UIAA). Grâce à l’aide de la Fondation Petzl, les formateurs népalais progressent vers l’autonomie.

formation Né, étudiants au centre de Kakani

Sur une idée originale de Patrick Magnier, responsable des tests terrain chez Petzl, et de Henry Sigayret, himalayiste, la Fondation s’est donné pour objectif d’apporter aux « guides de fait » un bagage technique et des connaissances de base pour encadrer correctement les groupes de trekkeurs. Cette formation est désormais organisée conjointement avec l’UIAA et la NMA, qui accompagne les Népalais vers une reconnaissance internationale de leurs formations.

Les formations ont commencé en 2006. Outre Patrick Magnier, les premiers stages ont été encadrés par Jehan-Roland Guillot (guide), Dominique Jean (médecin, accompagnatrice), Thibaud Delaittre (accompagnateur), Michel Suhubiette (Guide) et Olivier Levasseur (accompagnateur).

Dans le cadre du mécénat de compétence proposé par la Fondation Petzl,  Éric Lescarcelle, responsable du Service après-vente chez Petzl, a encadré plusieursstages entre 2011 et 2013. En janvier 2013, de retour au centre de formation de Kakani, près de Katmandou, il a eu le plaisir de mesurer la progression de ses anciens stagiaires.Il a ainsi retrouvé Mani Kumar Raï 29 ans, et Vinayak Jaye Malla, 25 ans, qui avaient suivi leur première formation en 2011 et qui ont suivi l’intégralité du cursus pour devenir à leur tour tuteur de cette formation.

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En mettant en place des formations techniques pour les accompagnateurs de trek au Népal, la Fondation avait aussi pour souci de transmettre aux Népalais un savoir-faire pédagogique reproductible. Mais l’objectif de rendre les Népalais autonomes paru longtemps comme lointain. C’est maintenant en bonne voie. Responsable du groupe de travail de l’UIAA sur les normes de formation, le guide anglais Steve Long a pris le relais d’Éric pour le suivi de cette formation dispensée par des tuteurs népalais. Il est revenu lui aussi très optimiste sur la suite du processus. Les Népalais pourraient rapidement obtenir une validation de l’UIAA pour leur formation « initiateur de randonnée-trek ». La Fondation envisage déjà la suite pour évoluer vers une reconnaissance de l’Union internationale des associations d’accompagnateurs en montagne, et une formation « initiateur escalade » selon la norme UIAA.

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La concertation entre les donateurs occidentaux a fait également du chemin. En parlant d’une même voix, ceux qui veulent aider au développement du Népal peuvent imposer plus facilement leurs exigences de qualité. Ainsi nous avons travaillé avec l’UIAA pour le rapprochement avec les Slovènes, acteurs de la formation des guides Népalais depuis une trentaine d’années. En janvier 2013, Éric Lescarcelle a aussi encadré la formation des tuteurs dans le cadre d’un programme de l’ONG des Pays-Bas HITT-SNV. Spécialisée dans l’aide au développement en matière touristique, cette association met en place des formations dans les agences népalaises de tourisme pour le personnel accompagnant les treks. Et ces formations seront dispensées par les tuteurs de la NMA, formés grâce à l’aide de la Fondation.

Témoignage de Mani Kumar Raï, tuteur népalais pour les formations 

Mani Kumar Raï, tuteur népalais pour les formations « Au début, c’était un peu difficile pour moi de m’adresser à un groupe de 15 stagiaires, car c’était la première fois que j’enseignais à Kakani. Mais si je suis aujourd’hui dans cette position, c’est que c’est possible aussi pour chacun d’entre nous. Les Népalais en ont les capacités et c’est aussi ma tâche de leur donner les moyens techniques et pédagogiques pour réussir. »

Témoignage de Vinayak Jaye Malla, tuteur népalais pour les formations 

Jaye Malla, tuteur népalais pour les formations « J’ai découvert l’escalade pendant mon stage en 2011. En janvier 2012, j’ai été repêché de justesse par Patrick Magnier. Aujourd’hui à 25 ans, je vis pleinement de l’encadrement en montagne réparti entre tutorats de stages et encadrements de treks. Je suis toujours passionné par l’escalade et fais tout pour développer l’activité localement. »

Témoignage de Éric Lescarcelle, responsable du SAV, Petzl 

Éric Lescarcelle, responsable du SAV, Petzl « La première fois que j’ai participé à une formation, j’avais eu le sentiment d’être utile. Mais en 2013, j’ai pris la mesure concrète de notre apport. On passe de l’intention au réel en retrouvant d’anciens stagiaires en position d’enseignant. »

Entretien avec Patrick Magnier à l’origine du projet

Depuis 2006, la Fondation Petzl a élaboré et financé un programme de formation, un mémento et l'équipement d'un centre de formation, en collaboration avec la NepalMountaineering Association. Patrick Magnier, responsable de l’organisation des tests terrain chez Petzl, est le coordinateur bénévole du projet.

Par Christophe Migeon (publié en 2006 et mis à jour en juillet 2014.)

Vous êtes personnellement à l’origine de ce programme de formation…

Patrick Magnier : Je me suis effectivement rendu au Népal en 2005, pour aller visiter le Langtang, mais avec aussi derrière la tête l’idée de m’investir dans un projet d’aide, si possible en lien avec l’univers de la montagne. J'ai alors contacté l’alpiniste Henri Sigayret qui vivait à Kathmandu avec sa femme sherpani et leur fils, et qui voulait construire une école des métiers de la montagne. Il avait déjà initié une structure au nord de Katmandou, mais il n’arrivait pas à convaincre les népalais que cette structure pouvait fonctionner..

L’année suivante, j’y suis retourné pour encadrer à titre personnel quatre stages avec des guides d’agences locales envoyés par des contacts d’Henri, puis par la NMA qui voyant que les premiers stages fonctionnaient, en a profité pour nous envoyer des stagiaires qui n’avaient pu être intégrés dans leurs propres stages.

Ce coup d’essai s’étant révélé plutôt concluant, j’en ai parlé à mon retour à Jean-Jacques Eleouet qui était alors le secrétaire générale de la Fondation Petzl et qui a immédiatement adopté le projet.

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Quelle est exactement la mission de ce programme ?

Patrick Magnier : Le trekking est l’une des premières ressources du Népal. Cependant, malgré les aides généreuses de beaucoup de pays, la formation des accompagnateurs et des guides manque d’une organisation qui anticiperait sur l’avenir. Elle existe, mais elle s’est enlisée dans une routine qui ne correspond pas à la réalité. Beaucoup de bonnes volontés, de belles actions de solidarité et de formation, locales ou extérieures ont eu lieu, et ont lieu encore, mais sans vraiment de concertation.

Quand je l’ai rencontré, Henri Sigayret désespérait de voir aboutir ses efforts pour faire fonctionner une école des métiers de la montagne pour laquelle il s’était déjà bien investi, puisqu’il avait construit avec ses propres deniers un mur d’escalade et des locaux sur un terrain que la NMA avait fini par lui concéder sur les collines dominant KTM.

Son idée partait d’un constat tout simple : beaucoup d'accompagnateurs et de guides népalais ont de réelles compétences et ont depuis longtemps démontré qu’ils étaient un maillon essentiel dans la réussite des expéditions et des trekkings. Certains d’entre eux sont des professionnels qui n’ont rien à envier aux guides occidentaux, et ils sont parfois de forts grimpeurs. Mais pour beaucoup, il leur manque les bases qui leur permettraient d’avoir une complète autonomie.

L’idée est de compléter les formations existantes, souvent insuffisantes et parfois trop techniques pour les accompagnateurs népalais pour les treks ou les activités de pleine nature.

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A quoi ressemble le site ?

Patrick Magnier : Le bâtiment compte trois salles de classe, entièrement rééquipées par la Fondation Petzl, qui se révèlent à l’usage plus ou moins polyvalentes : l’une abrite la bibliothèque, l’autre sert de réfectoire tandis que la dernière salle de cours se transforme le soir en dortoir. Il y aussi un beau mur d’escalade de plus de 10 m de haut, qui pour l’instant n’est équipé qu’en partie. 

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A qui s’adressent ces formations ?

Patrick Magnier : La plupart de nos stagiaires viennent des grandes régions de trek comme le Khumbu, le Manaslu ou les Annapurnas, d’autres sont de Katmandou. Pour le moment, la quasi-totalité travaille déjà dans le trek. L’objectif n’est pas de délivrer un diplôme. Il s’agit de préparer aux formations de la NMA et non pas de s’y substituer ; un peu comme en France les CRET (Centre Régional et Européen du Tourisme) préparent aux brevets d’Etat.

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Quelles sont les relations avec la Fédération népalaise d’alpinisme ?

Patrick Magnier : Aussi bonnes qu’on puisse l’imaginer dans un pays comme le Népal. Les communications sont parfois interrompues pendant quelques semaines pour des raisons techniques, c’est donc un peu difficile. Depuis qu’ils ont bien compris que nous n’avions pas l’intention d’empiéter sur leurs formations, les membres de la NMA jouent complètement le jeu. Leur collaboration assure un caractère officiel au programme.  

Ces stages sont-ils payants ?

Patrick Magnier : Oui. C’est la NMA qui fixe malheureusement le coût des inscriptions. Il est à mon avis bien trop élevé par rapport au coût de la vie au Népal. C’est l’un des points sur lequel nous allons devoir travailler dans le futur. Il n’y a pas encore vraiment de sélection et le recrutement, actuellement entre les mains de la NMA, s’effectue un peu trop par copinage. J’aimerais pouvoir mettre en place une vraie sélection et pouvoir l’ouvrir à des gens motivés qui n’ont pas forcément les moyens. 

Quel est le contenu pédagogique des stages ?

Patrick Magnier :  Le programme est aussi bien théorique que pratique : encordement, assurage, évacuation par le haut, sauvetage en crevasse ou en terrain accidenté C’est l’occasion de revoir des domaines aussi divers que les bases techniques liées à la sécurité, la lecture d’une carte, la physiologie de l’altitude, l’écologie, la nivologie, l’histoire de l’Himalayisme, la conduite de groupe ou l’alimentation en trek.

Formation-kakani contenu des stages

Notre ambition est de rendre les stagiaires conscients des problèmes de sécurité lorsqu’on conduit un groupe en montagne et leur apporter une culture générale du milieu. Pour aller plus loin, on pourrait enfin imaginer que cette école, en prenant de l’importance, puisse servir non seulement aux futurs accompagnateurs et guides, mais aussi aux moniteurs de canyoning, de VTT, de kayak et de raft, voir même de parapente. Toutes ces activités se sont très vite développées au Népal et elles auront sans doute besoin des mêmes bases de formation.

Qu’est-ce que la Fondation Petzl a financé ?

Patrick Magnier : La Fondation a assuré le financement du plan et des outils de formation, et nous avons réalisé un mémento technique de 340 pages. Nous avons également offert le matériel technique, pris en charge les défraiements des bénévoles ou salaires des formateurs tant français que népalais, ainsi que l’aménagement complémentaire des salles et du mur d’escalade. 

N’avez-vous pas un peu l’impression de faire le travail que devraient faire tous les tours opérateurs ?

Patrick Magnier : Certains forment déjà les guides qu’ils emploient à l’occasion de séminaires. Beaucoup de formations existent, mais l’offre est souvent disparate et manque de cohérence. Mon rêve serait de pouvoir faire asseoir tous les intervenants du secteur, français et népalais, autour d’une table, tout mettre à plat et essayer de mettre en place une vraie filière des métiers de la montagne. Peut-être instaurer un label, gage d’une certaine qualité de formation.

Patrick Magnier à Kakani

Nous avons réalisé un mémento à destination des élèves qui reprend toutes les facettes de la formation. Ecrit en anglais, il est illustré de nombreux dessins et croquis au cas où le stagiaire ne maîtriserait que le népali. Plus tard, nous souhaiterions mettre en place ce type de formations dans d’autres pays comme l’Inde, la Russie, la Mongolie ou encore en Amérique du Sud. En cela, ce programme constitue un très bon test, car le Népal n’est pas vraiment un pays facile !

Le système ne fonctionnera qu’avec la mise en place d’un plan de formation global. C’est la clé du problème. Nous y travaillons en collaboration avec l’UIAA (Union Internationale des Associations d’Alpinisme), une instance supranationale qui représente plusieurs millions d’alpinistes et de grimpeurs de par le monde et qui devrait permettre, au-delà des querelles politiques, d’instaurer un modèle de formation reconnu par tous et transposable dans d’autres pays.

MiniBio Patrick Magnier

Patrick Magnier Naissance : 9 septembre 1951
Guide Haute Montagne, BE de ski alpin, BE de parapente
Responsable de l’organisation des tests terrain chez Petzl.
Ses sites préférés : la Corse, l’Asie
Son personnage préféré : Gandhi
Ses passions : Photo, Taichindo (un art martial assez confidentiel), croisière hauturière, parapente

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Article réactualisé en septembre 2014


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