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Phénoclim, un programme scientifique et pédagogique pour mesurer les changements climatiques 

Phénoclim invite le public à mesurer par des observations simples les impacts du changement climatique sur la végétation dans les Alpes. A destination des enfants et adultes, écoles, associations et particuliers, ce programme scientifique et pédagogique va au-delà de la simple observation du climat. 

SEPTEMBRE 2014

© Créa

Carte d’identité

  • Partenaires soutenus : Centre de Recherche sur les Écosystèmes d'Altitude (CRÉA), www.creamontblanc.org
  • Localisation : Alpes, France
  • Type de projet : Préservation de l'environnement
  • Soutien : 6 500 € en 2007

On parle beaucoup de réchauffement climatique ces derniers temps. Sur les cinquante dernières années, l’Europe a vu ses températures moyennes augmenter de 1°C. Avec un réchauffement de 1 à 3 °C sur la même période, la région des Alpes semble particulièrement affectée par ce phénomène. Les répercussions sur la faune et la flore risquent d’être considérables alors que la France a perdu en moins de 20 ans près d’un quart de sa biodiversité. Si les modèles se confirment, chaque étage biologique pourrait s’élever de 600-700 m au cours de ce siècle.

Christophe Migeon, journaliste, interviewe Anne Delestrade, fondatrice et directrice du Centre de Recherche sur les Écosystèmes d’Altitude, le CREA

Qu’est-ce que le CREA ?

Anne Delestrade : Le CREA est une association née en 1996 de l’idée plutôt originale de réaliser des projets de recherche fondamentale et appliquée dans le domaine de l’écologie alpine, tout en essayant d’y associer le grand public. Il y a malheureusement un certain décalage entre le monde scientifique et le public. L’idée du CREA est de rapprocher ces deux univers et d’en être l’interface.

Pouvez-vous nous expliquer ce que recouvre le terme « phénologie » ?

Anne Delestrade : La phénologie est l’étude de l’apparition d’événements périodiques, souvent annuels, dans le monde vivant et déterminés par les variations saisonnières du climat. Cela concerne les végétaux avec l’observation des différents stades de leur vie (éclosion du bourgeon, floraison, maturité du fruit...) mais aussi les animaux (arrivée des oiseaux migrateurs, nidification, sortie des marmottes, apparition des larves des insectes…). Ces phénomènes saisonniers récurrents sont d’excellents indicateurs du changement climatique. La température est un facteur environnemental prépondérant pour le déclenchement de ces différents états. Avec le programme Phénoclim, débuté à l’automne 2004, nous avons décidé de nous intéresser plus particulièrement aux végétaux.

Quel est le mode opératoire ?

Anne Delestrade : Le principe est de créer un réseau d’observateurs susceptibles d’effectuer des relevés près de chez eux. Nous avons sélectionné dix plantes : des arbres comme l’épicéa, le mélèze, le bouleau verruqueux, le bouleau pubescent, le sorbier des oiseleurs ou le frêne, mais aussi des arbustes comme le noisetier et le lilas, ainsi que des herbacées, primevères et tussilages. Chaque observateur choisit trois individus d’espèces différentes et remplit des fiches, pour y noter les grandes étapes de la vie de la plante : bourgeonnement, feuillaison et floraison au printemps, changement de couleur et chute des feuilles à l’automne. Nous sommes ainsi à même de suivre 162 zones grâce à 71 scolaires, 62 particuliers, 14 espaces protégés et 15 associations. Les données recueillies sont d’une très grande précision et nous permettent de travailler à l’échelle locale.

Parallèlement à ces observations terrain, vous disposez également d’un réseau de stations de mesures de température …

Pose d’une station d’observation météo pour PhenoClim © CRÉA Anne Delestrade : En effet, nous avons mis en place des stations dotées de capteurs placés à différentes hauteurs du sol (5 cm sous la surface du sol, à la surface du sol, à 30 cm, et à 2 m) qui enregistrent la température tous les quarts d’heure. Cela permet également d’estimer la hauteur d’enneigement. Les premières stations que nous avons mises en place nécessitent une intervention humaine pour la transmission des données. Il faut relever la carte mémoire et en transmettre le contenu sur Internet.
Nous venons de mettre au point une nouvelle génération de stations en partenariat avec la Fondation Somfy et trois lycées professionnels, conçues dans de nouveaux matériaux high-tech qui devraient augmenter sensiblement leur longévité. Elles sont capables de supporter des conditions extrêmes et surtout d’assurer une transmission automatique des données, toutes les trois heures par un système de téléphonie mobile. 30 nouveaux prototypes vont être prochainement implantés et s’ajouter aux 38 stations existantes. Notre ambition au terme du projet est de disposer d’une centaine de ces stations high-tech.

Depuis fin 2004, êtes vous parvenue à discerner certaines tendances ?

Anne Delestrade : Non, c’est bien sûr un laps de temps trop court pour dégager des tendances. Cependant, des comparaisons sont possibles d’une année à l’autre, et nous avons eu la chance d’avoir des années bien contrastées. 2007 et son printemps très précoce préfigure sans doute le modèle des années futures. Notre banque de données est d’une précision fabuleuse et nous a permis d’obtenir des résultats très intéressants, particulièrement au niveau local : des différences se dessinent entre les Alpes du Nord et du Sud, ainsi qu’entre les fonds de vallées et les bosses. Les données ont révélé l’importance du relief, notamment en termes de convexité-concavité. Une inversion de température se produit dans le fond des vallées qui gardent l’air froid tandis que les bosses vont se réchauffer plus vite. Nos observations mettent ce phénomène clairement en évidence.

Sous quelles formes s’est matérialisée l’aide de la Fondation ?

Jean-Jacques Eleouet, Secrétaire Général de la Fondation Petzl : C’est Annie Mejean, qui travaillait alors pour la Fondation Somfy qui m’a présenté ce projet. Cette étude scientifique qui s’inscrivait dans le long terme m’a tout de suite plu. Le CREA avait besoin d’un gros coup de pouce pour la mise en place de leur réseau de stations de nouvelle génération, la Fondation Petzl a donc présenté le projet du CREA au concours de l’European Outdoor Group, l’ EOG Association for Conservation qui réunit une cinquantaine d’entreprises phares du monde de l’équipement outdoor comme Patagonia, The North Face, Deuter, Ferrino…et bien sûr Petzl. L’EOG récompense chaque année une demi-douzaine de projets de préservation de l’environnement dans des sites de conservation. Phénoclim a été retenu et a décroché 30 000 €.
Par la suite, pour aider l’association à réfléchir sur son positionnement stratégique et mieux gérer ses succès de mécénat, nous avons participé, en mécénat de compétences et financé une journée de réflexion sous la houlette d’un consultant extérieur.

Une publication des résultats est-elle prévue pour le grand public ?

Anne Delestrade : Nous allons dans un premier temps publier dans une revue scientifique de bioclimatologie, puis sans doute élaborer une synthèse à destination du public. Mais notre objectif principal est de sensibiliser le public en le faisant participer au programme et de le rendre critique par rapport aux messages des media, pour leur faire percevoir la complexité du problème. On a ainsi un peu tendance à confondre les répercussions du réchauffement climatique sur l’environnement avec celles liées aux activités humaines.

Phénoclim © CRÉA

MiniBio Anne Delestrade

Naissance : septembre 1962.
Diplômes : Thèse en écologie : stratégie de recherche de nourriture du chocard à bec jaune.
Fondatrice et directrice du Centre de recherche sur les écosystèmes d’altitude, le CREA, depuis 1996.
Son site préféré : le refuge du couvercle dans le massif du Mont-Blanc.
Son personnage préféré : Théodore Monod. « J’aurais vraiment aimé l’associer à la création du CREA, son œuvre reflète ce souci constant d’associer la recherche pure à la sensibilisation du public. J’admire aussi sa grande polyvalence… »

Article réactualisé en septembre 2014


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