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Madagascar : exploration du massif du Makay, dernier paradis terrestre

Le massif du Makay, au sud-ouest de Madagascar, est une des dernières zones inexplorées de l’île. Des expéditions naturalistes ont été organisées par l’association Naturevolution pour étudier les richesses du massif et inventorier sa biodiversité. A terme, l’objectif est d’obtenir le statut d’Aire Protégée.

SEPTEMBRE 2014

Survol du Makay en montgolfière © Evrard Wendenbaum
Survol du Makay en montgolfière

Carte d'identité

  • Partenaires soutenus : Naturevolution www.naturevolution.org.
  • Localisation : Madagascar, Afrique.
  • Type de projet : Préservation de l'environnement
  • Soutien : 25 000 € en 2009 et 2010.

Le massif du Makay

Madagascar est une des 11 priorités mondiales en matière de préservation de la Biodiversité. L’île possède un nombre record d’espèces endémiques : végétaux, oiseaux, reptiles, mammifères ou amphibiens.

Le Makay est un des massifs les plus reculés et les plus difficiles d’accès de Madagascar. La difficulté pour y accéder en fait une des dernières zones inexplorées de l’île. Composé de centaines de canyons profonds, la biodiversité a pu y être préservée. Depuis 2007 l’association Naturevolution effectue des expéditions scientifiques dans le massif pour recenser les espèces inconnues dans cette nature encore intacte. L’inventaire scientifique vise à réunir des éléments objectifs justifiant la mise en place de mesure de conservation, et l’obtention du statut d’aire protégée.

foundation makay nature expedition andasibe 2010 Le Propithèque à Diadème, un lémurien de la famille des indridés, une espèce en danger.

foundation makay nature expedition
Une espèce de grenouille endémique du Makay

Encore très peu fréquenté du fait de sa configuration et de croyances locales, ce territoire sauvage commence à être reconnu pour la richesse de sa flore et de faune exceptionnelle. C’est le fruit d’une passion et de la volonté d’un jeune explorateur, Evrard Wendenbaum. Après avoir découvert cette région, il n’a eu de cesse d’arpenter cette « Terra Incognita », véritable coffre-fort de la biodiversité malgache. En soutenant son initiative, la Fondation Petzl a voulu rendre possible une exploration comprenant de nombreuses évolutions verticales. S’appuyant sur ses premières découvertes, la petite équipe de l’association Naturévolution s’est progressivement étoffée pour monter une grande expédition scientifique internationale.

L’explorateur Evrard Wendenbaum sur une tyrolienne dans les palmiers © Evrard Wendenbaum L’explorateur Evrard Wendenbaum sur une tyrolienne dans les palmiers.

Première expédition : des découvertes majeures

En janvier 2010, une première mission scientifique internationale a regroupé une dizaine de chercheurs de plusieurs institutions et universités (Missouri Botanical Garden, Muséums d'Histoire Naturelle de Paris et de Toulouse…) ainsi que des chercheurs malgaches.

Première descente en packraft de la rivière Makay Première descente en packraft de la rivière Makay

Accompagnés de grimpeurs et spéléologues, les scientifiques ont pu accéder aux zones d’étude les plus reculées ou extrêmement difficiles d'accès, allant jusqu’à effectuer des collectes d'échantillons en pleine paroi.

Un lémurien propithèque verreaux

Gorges de Mangoky, Madagascar

Cette multitude de compétence a permis une première prospection extrêmement riche et les résultats scientifiques ont largement dépassé les attentes : plus de 300 espèces de plantes différentes récoltées, dont quelques nouvelles espèces endémiques. Un premier inventaire de la biodiversité a été dressé par les biologistes.

Les observations zoologiques ont été nombreuses, les ichtyologues ont pêché un petit poisson nommé Pachypanchax, absolument inattendu dans cette région. Au niveau archéologique, des dizaines de sépultures et deux grottes ornées de peintures rupestres ont été découvertes.

Préserver les habitats naturels menacés constitue l’un des plus grands défis environnementaux du 21ème siècle ; la conservation des richesses naturelles du Makay est l'objectif ultime de l'association Naturevolution. Elle va donc s’appuyer sur les résultats de cette expédition et sur les recommandations des scientifiques pour obtenir le plus rapidement possible le statut d’Aire Protégée et lancer un programme de développement.

Aux alentours de Beronono © Naturevolution

Le dernier paradis part en fumée

Le massif du makay à Madagascar
Le massif du makay à Madagascar

Cette première expédition a confirmé l'urgence de la mise en place de mesures de conservation. En effet, ce paradis terrestre ne subsistera pas longtemps. En une dizaine d’années les incendies provoqués par les hommes, pour la culture sur brûlis, ont déjà fait disparaître une très grande partie des forêts, emportant avec elles tous les secrets qu’elles renferment.

Les populations locales ont une culture ancestrale du brûlis qui a pour conséquences d’importantes dégradations environnementales tant sur la faune que sur la flore.

© Evrard Wendenbaum

Du fait de la raréfaction de la forêt, leur économie fondée sur l’élevage sera de plus en plus précaire. L’équipe d’Evrard Wendenbaum travaille depuis quelque temps avec des anthropologues et des ethnologues pour mieux comprendre les ethnies du massif et rechercher un consensus permettant de diversifier l’économie de la région vers un tourisme équitable et durable.

Les feux de brousse restent cependant le fléau principal et rien ne pourra être préservé si des mesures d'urgence pour stopper ce phénomène ne sont pas prises. Les membres de l’expédition affirment que les écosystèmes vieux de plusieurs millénaires qui survivent encore dans le Makay, risquent de disparaître d’ici quelques années si rien n’est fait.

Un statut d’Aire Protégée pour le massif du Makay ?

Une nouvelle expédition menée par l’association Naturevolution s’est rendue dans le massif du Makay à Madagascar de novembre 2010 à janvier 2011. Evrard Wendenbaum et son équipe scientifique ont pu découvrir et étudier une nouvelle partie du Makay que personne n’avait encore jamais visitée, poursuivant toujours le même objectif final : obtenir le statut d’Aire Protégée.

Le massif du makay à  Madagascar

Le statut d’Aire Protégée offre tout d’abord une reconnaissance nationale mais aussi internationale. Cette reconnaissance permet d’effectuer des actions de sauvegarde rapides. Ce statut offre également un cadre légal aux diverses actions qui peuvent être entreprises et montre aux habitants la richesse et l’intérêt que possède leur région.

Enfin, il entraîne des créations d’emplois car un grand nombre de personnes est nécessaire pour entretenir une telle Aire. De la surveillance au suivi écologique, en passant par le développement du tourisme, c’est autant de nouveaux métiers pour les habitants de la région.

Dans le but d’obtenir le statut définitif d’Aire Protégée, Naturevolution a inscrit en avril 2011 le site du Makay sur la liste des Aires Protégées potentielles du Ministère de l’environnement et des forêts de Madagascar.

L’équipe a également rencontré de toutes les autorités malgaches nationales et locales pour validation du projet de conservation et de création de l’Aire Protégée, et réalisé le zonage géographique du massif (définition des zones tampon et noyaux durs) en fonction de son état de dégradation, de sa sensibilité et des menaces qui pèsent sur lui.

Le Makay, réservoir d'eau douce © Evrard Wendenbaum

En parallèle de leurs efforts administratifs, les membres de l’association ont lancés quelques actions sur le terrain en accord avec les villageois et les autorités locales. Ils ont notamment obtenu le retrait des troupeaux de zébus de la forêt de Menampandaha, la plus grande forêt primaire du massif du Makay, ainsi que la cessation de l’activité de pêche illégale aux abords des lacs du massif.

Grâce aux travaux des scientifiques et de l’équipe de l’association Naturevolution, l’obtention du statut d’Aire Protégée suit son cours pour ce massif qui en a grand besoin !

Pour en savoir plus sur la création d’une Aire Protégée voir le site Naturevolution > Création et gestion d’Aires Protégées

Makay : le film de l’exploration en trois dimensions

Les expéditions internationales menées dans les canyons inexplorés du massif du Makay ont permis la découverte de nombreuses espèces animales et végétales endémiques. Guidée par l’explorateur Evrard Wendenbaum, près d’une centaine de scientifiques ont pu faire la démonstration de l’intérêt de préserver cette région sauvage et unique. Troisième volet de ce projet initié avec le soutien de la Fondation Petzl : la réalisation d’un documentaire en relief sur le massif.

Filmés par les caméras de Canal +, 80 scientifiques explorent sous nos yeux le massif majestueux du Makay, situé au sud-ouest de la grande île de l’océan indien. « Makay : les aventuriers du monde perdu » est l’un des premiers documentaires tournés en relief. Effet réussi : les spectateurs plongent au coeur de ce labyrinthe de canyons inextricables et luxuriants. Dans cette contrée difficile d’accès, cela relevait souvent de la prouesse.

Massif du Makay, Madagascar / Les entomologistes en pleine «chasse» aux insectes © Evrard Wendenbaum
Massif du Makay, Madagascar ; L.'équipe des entomologistes en pleine "chasse" aux insectes grâce à leur piège lumineux.


La mission des scientifiques était de réaliser un inventaire des richesses végétales et animales
, et de tenter de découvrir plusieurs espèces endémiques. Un beau succès : plus de 80 espèces endémiques ont été découvertes.

Le Makay n’est pas seulement un terrain de jeux pour les naturalistes, il est également très intéressant pour les sciences humaines et notamment pour les archéologues et les anthropologues.

Le primatologue Ed Louis avec un lémurien Propithèque de Verreaux © Naturevolution
Le primatologue et généticien américain Ed Louis ramène au camp un lémurien Propithèque de Verreaux blessé.

un beau specimen de renard volant © Naturevolution
Le chiroptérologue Vincent Prié s'apprête à relâcher un beau specimen de renard volant ou plus exactement de Pterofus Rufus, une chauve-souris frugivore géante.

La bande annonce du film « Makay, les aventuriers du monde perdu » :

Témoignage de Christophe Dumarest, Guide de haute montagne et membre de l'expédition de 2011:

Christophe Dumarest portrait « Pourquoi un guide ?
Pour assurer la sécurité des scientifiques, explorer des canyons inextricables, poser des amarrages sûrs dans un rocher en grès très friable…et mettre à l’image le côté vertical de l’expédition : encadrer le tournage avec des caméras 3D n’est pas facile.
Le matériel est très lourd et les conditions de travail sont rudes en pleine forêt tropicale !
J’étais en quelque sorte le troisième œil des scientifiques, concentrés sur leurs recherches. L’observation d’un environnement vierge et de ses trésors m’a permis de me reconnecter avec cette nature profonde : une expédition très riche à tout point de vue ! »

L’expédition en quelques chiffres :

Falaises Makay

  • 3 mois d’expédition, de novembre 2010 à janvier 2011
  • 2 équipes de 25 et 45 scientifiques
  • 1 tournage en 3D relief d'un documentaire de 90', 20 techniciens
  • 5 tonnes de matériel
  • Plus de 250 villageois impliqués dont une trentaine quotidiennement
  • 85 personnes au camp de base en décembre, 7 000 repas servis
  • 465 peintures rupestres relevées et plusieurs dizaines d'autres observées
  • 14 rivières étudiées
  • Plus de 500 espèces de plantes récoltées dont au moins 20 espèces de plantes nouvelles
  • Plus de 2000 espèces d'insectes récoltées dont plusieurs dizaines d'espèces nouvelles
  • 2 nouvelles espèces de poissons, 60 espèces de reptiles et amphibiens recensées dont de nouvelles espèces de caméléon, de lézard, de serpent…

Pour en savoir plus et soutenir la préservation du Makay :

Article réactualisé en septembre 2014


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