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Pourquoi les montagnes s’écroulent-elles ?

Le pergélisol est un sol gelé pendant au moins deux ans. Sa formation, son épaisseur et son éventuelle disparition sont très étroitement liés aux changements climatiques. En montagne, son évolution en fonction de la température peut donner lieu à des écroulements, comme aux Drus en 2005. Une équipe de chercheurs a étudié les caractéristiques du pergélisol dans les parois rocheuses pour, à terme, mieux anticiper les écroulements.

SEPTEMBRE 2014

© collection ADRGT

Carte d’identité

  • Partenaires soutenus : Association Développement Recherche Glissement de Terrain (ADRGT)
  • Localisation : Haute Savoie, France
  • Type de projet : Améliorer la connaissance
  • Soutien : 7 100 € en 2013

Le pergélisol s’accompagne souvent de glace, qui agit comme un ciment entre deux compartiments rocheux, notamment dans les fractures. Si la glace se réchauffe, elle perd de sa résistance et libère les blocs. Le réchauffement du pergélisol est un phénomène invisible, contrairement au recul des glaciers. Mais à l’heure actuelle, on est capable de mesurer la température à l’intérieur des parois à différentes profondeurs (dans l’hypothèse d’un rocher homogène), grâce à des capteurs thermiques.

Depuis 2005, l’aiguille du Midi, dans le massif du Mont-Blanc, a été choisie comme site pilote pour réaliser ces mesures sur le terrain. Une station météo y est installée à son sommet par Météo France, ainsi que des appareils photos automatiques qui permettent de suivre l’évolution des conditions d’enneigement. En isolant la roche, la neige peut en modifier la température.

Pour observer le pergélisol en direct et en profondeur, trois forages ont été réalisés dans les parois orientées au nord-ouest, nord-est et sud. Dans chacun d’eux et jusqu’à 10 m de profondeur, une chaine de 15 capteurs thermiques relève la température pour observer l’évolution du pergélisol, en lien avec celle du climat. L’objectif à long terme est d’observer comment la température va jouer sur l’instabilité de la roche, notamment du fait de la présence de fractures dans la roche qui la fragilisent.

En 2013, l’étude réalisée par l’association « Développement  recherche glissement de terrain» et le laboratoire EDYTEM (Université de Savoie - CNRS) a porté sur la structure interne de la paroi nord-ouest de l'aiguille du Midi, qui a été oscultée avec une antenne géoradar. Cet appareil de mesure électromagnétique donne l’image interne de la roche, comme un scanner. L’opérateur descend l'antenne plaquée contre la paroi, pour la mesurer en profondeur sur toute sa longueur. Cela nécessite l’utilisation de techniques alpines, car l’opérateur descend sur corde, dans des conditions difficiles.

Deux profils de la paroi ont été réalisés. L’acquisition des données se fait immédiatement par wifi. Celles-ci seront ensuite traitées pour obtenir une représentation de la structure interne, avec l’extension des fractures qui séparent les compartiments rocheux constituant les plans de glissement potentiels. A terme, on espère comprendre comment ces fractures jouent sur l’évolution de la température de la roche et donc peuvent conditionner de potentiels écroulements.

Témoignage de Héloïse Cadet (ADRGT) et Florence Magnin (EDYTEM)

© collection ADRGT « Les mesures en haute montagne ne laissent pas de place au hasard. Tout doit être prêt. Il faut anticiper les aléas, par exemple le vent et le froid, quand on est suspendu au bout d’une corde.
Nous avons obtenu par géoradar un jeu de données claires et précises, uniques en leur genre, que nous avons pu comparer avec les données de température des roches : pour nous c’est une vraie satisfaction !
De plus, ce projet nous a permis de travailler dans un cadre magnifique… »


Crédit photos : collection ADRGT

Article mis en ligne en septembre 2014


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