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Revers Gagnant : une ouverture au Pakistan

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Revers Gagnant : une ouverture au Pakistan

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Symon durant l'acclimatation vers 5500m

Symon, avant de nous raconter le cœur de l'expédition que tu as partagé avec Pierrick, pourrais-tu nous en dire davantage sur la préparation de ce projet ? Dans le contexte actuel, il est invraisemblable de se lancer dans une telle organisation. 

En effet, cette année 2020 a été peu favorable aux expéditions en Himalaya. J’avais déjà pour projet de partir au printemps dernier au Pakistan mais les frontières sont restées fermées. J’ai donc tout misé sur la réussite d’un projet d’expé à l’automne. Le projet initial était de s’envoler vers le Népal fin septembre mais la crise sanitaire en a décidé autrement. Le Népal a conservé ses frontières fermées jusqu’à la mi-octobre anéantissant toute chance de partir dans ce pays. Nous apprenons la nouvelle deux semaines avant notre départ prévu fin septembre.

Personnellement, ma motivation pour partir cet automne était au beau fixe et je continuais mes recherches pour trouver le plan B idéal avec le partenaire idéal. Pierrick Fine, un ami alpiniste de longue date, était dans la même situation que moi : “Moi je suis méga chaud, même si on passe 6 semaines sous la tente !”

Nous avons donc scruté sans relâche les différents sites internet comme Fatmap ou Google Earth qui proposent des photos de satellite très détaillées de l’ensemble du globe. Nous avons trouvé cette face encore vierge, qui a toute de suite attiré notre attention, malgré son nom tordu : Le Sani Pakkush. Le soir même, les billets d’avions étaient réservés.

Après cette nouvelle concernant l'interdiction des expéditions sur le territoire Népalais, comment avez-vous trouvé la motivation pour s’engager dans un nouveau défi ?

Finalement, la fermeture des frontières népalaises n’a pas du tout fait évoluer nos motivations. Nous sommes tous les deux motivés par la même chose en expédition : ouvrir des voies d’alpinisme technique sur des sommets aux alentours de 7000 m. Alors que cette montagne soit au Népal ou au Pakistan, cela n’a finalement pas beaucoup d’importance tant que la face est belle. 

Contrairement à ce que l’on peut penser, les faces vierges sont encore très nombreuses en Himalaya, les projets de gravir ces faces en technique alpine le sont également. Avec les outils technologiques actuels et le développement d’internet, il suffit de fouiner un peu pour découvrir le potentiel infini présent dans ces massifs.

Le Sani Pakkush se situe dans le massif du Batura muztagh, situé à l’ouest du Karakoram (la partie pakistanaise de l’Himalaya). Il a été gravi une seule fois par son versant le plus facile en 1991 par une équipe allemande. Nous envisageons une ascension par la face Sud encore vierge. Nous sommes la seconde expédition à s’introduire sur le Toltor glacier. Notre camp de base était entouré de faces vierges plus belles les unes que les autres, alors comment ne pas être motivé ?

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Face sud du Sani Pakkush, tracé de la voie Revers Gagnant (Gauche) / Pierrick et Symon, de retour au camp de base, au pied du Sani pakkush (Droite)

Dans cet environnement sanitaire très contrôlé, le taux d’échec pour réaliser ce nouveau challenge était certainement très important. Comment avez-vous fait abstraction de ces paramètres ? 

C’est vrai, la conjoncture actuelle est particulière sur l’ensemble du globe. En revanche, plus nous sommes isolés, moins nous avons de risques d'être affecté par ce virus, non ? En réalité, quand vous êtes lancé dans un projet seules les véritables contraintes peuvent vous faire douter. Or, après avoir étudié tous les paramètres liés au contexte, nous avons compris que nous pouvions parvenir à notre projet sans prendre de risques sanitaires.

Au-delà de l'échec, les enjeux réglementaires étaient eux aussi à prendre en compte. Quels étaient les risques légaux à écoper ?

Après coup et vu de l’hexagone, nous pouvons penser qu’il y a des risques légaux pour un tel projet. Mais encore une fois, nous avons pu nous acheminer jusqu’à notre bivouac sans enfreindre de lois. Une chose est sûre, nous sommes fiers d’avoir étudié tous les paramètres pour réussir ce projet. Car au vu des nombreuses expéditions annulées cette année, sur l’ensemble du monde, nous avons profité d’un créneau aussi petit qu’un trou de souris.

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Le Toltor glacier, une concentration de sommets vierges aux alentours de 6000m et au-delà

Tu nous as expliqué au début de cette interview, le choix de faire une ligne de mixte, glace et neige plutôt qu’une ligne rocheuse. Quelles étaient vos envies ? Car les conditions météorologiques au Pakistan ne sont pas réputées pour être optimales en cette saison. 

En effet, avec le peu d’informations que nous avons eu sur cette montagne, nous savions que cette face sud pouvait potentiellement proposer de belles possibilités de grimpe en mixte. Nous avons préféré ce type de ligne car en octobre-novembre dans cette partie de l’Himalaya, les conditions sont particulièrement rudes et ne permettent pas de faire du rocher : températures trop basses et faces trop enneigées. 

Jusqu’à maintenant, très peu d’expéditions ont fait le choix de partir à ce moment de l’année au Pakistan. Les périodes les plus favorables sont en général entre mai et août pour profiter de températures plus élevées. 

Finalement, le mois de septembre a été particulièrement riche en précipitations sur le Karakoram (massif montagneux dans lequel se trouve le Sani Pakkush), en octobre la météo est devenue plus clémente. Ainsi, suite aux chutes de neige récentes, les conditions de mixte et de glace étaient très intéressantes. Nous avions peur de rencontrer trop de neige mais nous avons réussi à trouver une ligne peu exposée aux avalanches et grâce à un superbe créneau météo de presque une semaine. Cette ouverture s’est déroulée dans de superbes conditions.

Vous avez fait le choix de vivre cette expérience à deux, une première pour vous dans une ascension de cinq jours. Dis-nous en davantage, car ajouté à l’ensemble du contexte le défi devient incontestablement engagé.

C’est en effet la première fois que je passe autant de temps dans une face au fin fond de l’Himalaya. Mais l’expérience de l’année dernière au Tengi Ragi Tau, m’a beaucoup appris et j’ai retrouvé de nombreuses similitudes lors de cette ascension. A deux, l’engagement est plus important, si l’un de nous tombe malade ou se blesse, l’expé tombe à l’eau.

D’un autre côté, l’expérience est encore plus intense, les relations humaines tissées sont plus fortes et l’esprit de cordée plus puissant. Pierrick et moi avons des profils complémentaires et je pense que ça a été la clé de notre réussite. Le point fort de Pierrick est sa capacité à rester efficace malgré l'altitude, ainsi il a été moteur durant les deux derniers jours dans la face au-delà de 6500 m, il a su motiver notre cordée jusqu’au sommet. De mon côté, je suis plus à l’aise sur le terrain technique et j’ai eu la chance de faire quelques longueurs de mixte et de glace verticale vraiment magnifiques. Cette complémentarité est selon moi nécessaire pour la réussite de projets d’une telle ampleur à cette altitude.

Quelle importance donnais-tu à la réalisation de ce projet ? Engagement avec les sponsors ? Ego ? Ne pas renoncer à une expédition ? Des aspects de ce type ont-ils joué un rôle ? Ou bien l’excitation de vivre une telle aventure liée aux enjeux a pris le dessus ?

Comme dit précédemment, notre motivation était vraiment très forte pour partir en expédition à l’automne cette année et pour ce projet encore plus. Je m'entraîne tout au long de l’année en escalade sportive, en cascade de glace et en alpinisme dans l’idée de partir en Himalaya pour ouvrir des nouvelles voies. Ce genre de projet est donc le point d’orgue de ma saison.

Au jour d’aujourd’hui, je suis à 100% guidé par mes envies, les marques qui me soutiennent sont en accord total avec ma vision des choses : alterner les activités en fonction de mes motivations tout au long de l’année.

Je ne me suis donc jamais senti "obligé" de faire quoi que ce soit pour satisfaire un sponsor, au contraire j’ai toujours été soutenu dans mes choix, même les plus farfelus (rires).

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Pierrick dans une des longueurs raides dans le haut de la voie, troisième journée vers 6300m

Raconte-nous maintenant le déroulement sur place de ce défi. Quelle a été l'acclimatation nécessaire pour parvenir au 6951 m du Sani Pakkush ?

L’acclimatation a été l’une des difficultés principales de cette expé. Nous avons installé notre camp de base vers 4700m au bord du Toltor glacier. Autour, des faces très raides nous entourent, peu propices à monter en altitude progressivement. Nous nous sommes finalement engagés sur un couloir en neige qui nous a permis de monter jusqu’à 5000m, après deux nuits passées nous avons traversé le glacier pour continuer l’acclimatation sur des pentes moins raides et plus exposées au soleil étant donné les températures très faibles. Nous avons finalement réussi à passer une nuit à 5400m et monter à environ 5500m. Nous aurions aimé peaufiner notre acclimatation en montant plus haut mais les sommets alentour tous plus raides les uns que les autres nous ont poussés à passer directement à une première tentative dans la face.

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Selfie au sommet du Sani pakkush à 6953m

Quelle face avez-vous gravi pour atteindre le sommet du Sani Pakkush ? Pourquoi avez-vous fait ce choix ?

Nous avons donc passé un certain temps à observer cette face Sud du Sani Pakkush qui surplombait notre camp de base. Haute de 2500m, elle impose par sa taille, aucun de nous deux n’avait jamais gravi un itinéraire aussi long ni aussi haut avec ce sommet à 6953m.

Finalement, les conditions nous ont poussés à choisir un itinéraire plutôt mixte et peu exposé aux avalanches, nous avons imaginé une ligne assez évidente qui remonte la partie gauche de la face. 

Un superbe créneau météo d'une semaine se présentait à nous, les conditions étaient alors idéales pour s'attaquer à la face. 

16 octobre, 2h du matin, après un départ plutôt roulant, nous rencontrons les premières difficultés à une altitude de 5000m au tout début de la face, avec quelques longueurs de glace raide. S'en suivent des pentes de neige et quelques longueurs mixtes faciles. À environ 5600m, nous faisons l'une des longueurs les plus dures de la voie en M4 +/M5 et trouvons une petite plateforme où nous passerons une première nuit inconfortable. Le deuxième jour, nous réussissons à être efficaces et remonter 600m supplémentaires, coup de cœur pour la longueur de glace verticale en plein centre de la face. À environ 6200m, nous recherchons désespérément un nouvel endroit pour bivouaquer, nous posons finalement nos fesses sur un caillou et une mauvaise marche de neige pour attendre le lever du jour suivant. Troisième jour dans la face, nous commençons à fatiguer. Dès le premier emplacement de bivouac confortable, une belle crevasse bouchée à 6400m, nous nous arrêtons pour reprendre des forces. Le 19 octobre, nous décidons de faire l'aller-retour au sommet avec très peu de matériel pour être le plus léger possible. Nous laissons notre bivouac en place et remontons sur 600m environ la crête sommitale. La qualité de la neige est très variable et l'effort important pour avancer dans ce terrain. Nous arrivons à 14h bien fatigués sur le sommet de Sani Pakkush à 6953m. Une cinquième journée est nécessaire pour descendre de cette énorme face de 2500m, mixant rappels (20-25) et désescalade. En fin d'après-midi du 20 octobre, nous arrivons sains et saufs au camp de base, vidés de toute notre énergie mais nos esprits remplis d'émotions.

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Pierrick, Mussa le cuistot, Symon et Said le guide (Gauche) / un berger de la vallée (Droite)

L’ascension de la face sud a-t-elle nécessité un besoin matériel particulier ? Qu’avez-vous utilisé spécifiquement pour évoluer en sécurité ?

Pour cette ascension, puis pour l’ensemble de l'expédition, nous avons essayé de s’alléger le plus possible. Pour la face et au vu des difficultés techniques que nous pensions rencontrer, nous avons restreint notre matériel au strict minimum. Par exemple, nous avons préféré l’usage de coinceurs câblés plutôt que de pitons, bien plus lourds. Nous avons pris une paire de piolets spécifiques QUARK et une paire de piolets légers GULLY. Nous avons également allégé au mieux la nourriture prise dans la face quitte à passer la dernière journée sans trop s’alimenter car nous savions que le camp de base, synonyme de confort, n’était plus très loin. 

Il y a forcément une forme de mise en danger en cas de réel pépin en voulant tout alléger mais c’est aussi le meilleur moyen pour progresser plus vite et optimiser ses chances de parvenir au sommet. Il y a donc un juste milieu à trouver entre le confort d’un sac léger et le confort du matériel emporté. A chacun de placer le curseur où il le souhaite en fonction de l’engagement souhaité.

Pour conclure, as-tu un détail ou une anecdote à ajouter à ce projet ? Qui est si passionnant, tant par la particularité de l’environnement que par l'expédition accomplie sur le Sani Pakkush.

Des anecdotes, il y en a une par jour en expédition. Mais un petit désagrément a bien failli mettre à mal notre projet dès le départ : Nous avons rejoint l’aéroport de Lyon en voiture, à deux kilomètres de celui-ci le moteur nous a lâché. Une dose de stress intense s’est rapidement installée mais s'est finalement dissipée en laissant la belle Clio de Pierrick s’en aller vers la casse d’un côté et de l’autre, nous et nos 100 kg de bagages se sont traînés vers le Terminal 2.