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Parcours d'un jeune guide

L'été 2020 approche grandement et avec lui, la dernière ligne droite qui nous mènera au diplôme de Guide. Cette année, la crise sanitaire liée à la Covid chamboule toute notre formation. Ce qui devait être notre stage final en août se transforme en avant-dernier. Nous l'abordons avec autant de sérieux. Ces semaines sont généralement difficiles, intenses et demandent comme souvent une bonne condition physique.

20 Juin 2022

Escalade

Une dernière approche en direction du Paan de Zucchero

Les Dolomites, pas une première

Les premières semaines sont dédiées aux grandes courses avec clients et aux grandes parois. Mais je vais plutôt vous parler de la dernière semaine. Celle-ci est consacrée aux grandes courses calcaires dans les Dolomites. Ce nom résonne et signifie pour beaucoup de grimpeurs comme un mythe de l'escalade. Personnellement j'y vois des parois raides, du rocher changeant et des vieux pitons rouillés. J'ai la chance d'y avoir déjà trainé mes chaussons une dizaine d'années auparavant. Nous avions grimpé, avec le groupe espoir 06 FFCAM, les Tre Cime di Lavaredo et la Torre Trieste. Autant dire une infime partie de ce que peut proposer ce gigantesque massif.
Pour cette fois, Micht Coranotte, notre professeur, choisit un objectif de taille, la grande muraille de la Civetta. Je me laisse rêvé immédiatement au "DiedrePhilipp-Flamm". Je revois les images de Berhault dans son film "La cordée de rêve".

Attention aux intempéries

Sur une boucle de trois jours, notre but est de grimper trois voies et de réaliser les jonctions à pied. On commence par une voie d'acclimatation sur la Torre di Valgrande. Les longueurs censées être roulantes se montrent plus coriaces et le 6c se transforme très rapidement en A1. La mise en bouche tient effectivement toutes ses promesses. La grimpe dans les Dolomites est exigeante, c'est ici que l'escalade moderne est apparue. Le rocher passe de blocs instables à des dalles
lisses. L'efficacité est de mise pour ne pas se faire surprendre par l'orage. Nous rallions le refuge de Tissi, belvédère exceptionnel sur la face Nord-Ouest de la Civetta. Impossible de se lancer dans le "Diedre Philipp-Flamm", les orages le rendent très humides. Nous changeons donc notre objectif du lendemain. La voie historique "Solleder" parcourt cette paroi sur plus de mille mètres. Elle requiert une bonne orientation, de la finesse dans les mouvements et surtout une bonne pugnacité. On attaque de nuit. Le froid est mordant. Les premières parties de la voie sont faciles et nous arrivons rapidement au premier passage dur. Une grosse écaille friable donne accès à des dalles compactes. Dur d'imaginer les ouvreurs trouver leur chemin en 1925. Récemment, le GMHM a réalisé cette voie en hivernale, une belle performance. A partir de ce moment, le temps va s'accélérer. Nous sommes plusieurs cordées et les attentes sont de plus en plus nombreuses. Le rocher ne s'améliore pas forcement et l'escalade n'est guère plus facile. Nous devons constamment faire attention aux chutes de pierres. Notre ascension progresse autant que le soleil diminue. Quelques cheminées nous surprennent, antagoniste de la grimpe ludique que l'on trouve en Grèce. L'escalade ressemble par moment à un hissage de nos corps.

Une des longueurs difficiles du premier tiers, la voie "Solleder" est encore bien longue

"Performance et aventure humaine"

Pour les dernières longueurs, les couleurs sont superbes. La paroi se pare de nuances ocres fascinantes. Le coucher de soleil nous accompagne pour notre sortie au sommet. Nous profitons quelques minutes de ce moment mythique puis redescendons au refuge Torrani où le gardien nous accueille avec un bon repas.
Le Refuge Torrani se situe à 2984m quelque mètres sous le sommet de la Civetta. C'est un perchoir incroyable offrant un lever de soleil dont on se souvient longtemps. Nous flânons au petit déjeuner. Sur la descente, nous concluons nos escapades dolomitiques par une belle voie au Pan di Zucchero. L'eau y a sculpté des formes atypiques. Certaines cannelures sont profondes et s'appréhendent comme des colonnettes. Nous y coinçons quelques friends comme si c'était des
fissures. Nous profitons pleinement des derniers mètres de grimpe de notre formation. Maintenant il faut s'imaginer emmener des clients dans ces courses d'envergures. Une autre paire de manche qui demande de l'expérience dans le métier. Le retour à Chamonix se ponctue par une belle fête, c'est le dernier moment que nous passons tous ensemble. A nous désormais de guider de nos propres ailes. Le métier de guide de haute montagne est superbe. C'est un métier de passionnés et de techniciens des cimes mêlant performance et aventure humaine.

"Les guides de hautes montagne sont des initiateurs à la beauté de l'univers" Michel Serres

PS : Nous terminerons notre diplôme quelques mois plus tard par une semaine de rattrapage de ski de randonnée dans le Queyras. La pluie et peu de courbes résument cette ultime étape.

Récit vécu et rédigé par Antoine Rolle

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