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Yann Guesquiers enchaîne Ali Baba à la journée

A 47 ans, Yann Guesquiers s'offre l’enchaînement à la journée de la grande voie Ali Baba à Aiglun (8a+ max, 250 mètres). Une grande voie extrême convoitée par de nombreux grimpeurs mais enchaînée seulement par une poignée. Un challenge d'envergure pour Yann qui a su réunir expérience et dépassement de soi pour cette ascension.

29 Octobre 2019

Escalade

L'équipement d'Ali Baba date de 2002, c'est l'oeuvre de B. PEYRONNNARD et de P. MUSSATO, ce dernier relatant à propos de cette voie qu'il avait enfin trouvé le graal en terme d'homogénéité dans la difficulté et l’esthétisme de la ligne.

Pour avoir arpenté beaucoup de parois en Europe je partage cette idée, chaque longueur est unique mais c'est surtout la raideur de la face qui est impressionnante.

A mon sens le mot chef d'oeuvre ne suffit pas pour la qualifier et tout concourt à user de superlatifs à son propos.

La beauté de chaque longueur, le cadre sauvage des lieux, l'approche aérienne au-dessus du canyon en font une voie unique. A cela il faut ajouter le caractère continu de l'effort: plus on monte plus ça penche et plus c'est dur!

J’ai toujours rêvé d'y aller sans jamais franchir le pas: peur de ne pas être assez en forme, peur que ça soit mouillé, pas en conditions, difficulté pour trouver un compagnon....

Tous les motifs étaient bons pour repousser la confrontation et pourtant je m'étais préparé à diverses reprises: souvent stoppé par des trombes d'eau laissant la voie en état d'hibernation pour de longs mois.

 

 

Cette année fort d'une petite préparation dans les dévers de la Ramirole, j'ai pu réaliser à la journée la voie de "la fiesta de los metallos" (7b+;7c+;8b;7a;8a;8a) dans le Verdon. Me sentant prêt j’ai réussi à trouver un créneau pour tenter cette voie qui me fait tant fantasmer. Le copain qui m'accompagnera n'est autre que Babar (François Lombard) et cela est d’une telle importance dans ce genre d'entreprise que je me dois d'en parler.

Avec Babar nous grimpons ensemble depuis l’âge de quinze ans (cela fait 32 ans), nous avons vécu la grande époque des premières compétitions, fait nos  premiers voyages d'escalade à l'adolescence et plus récemment avons fait cordée pour l'ascension de la voie " el Corazon" sur El Cap ce qui fait partie d'une de mes plus belles expériences en escalade.

C'est un de mes copains qui me connait le mieux avec qui je pars les yeux fermés!

J’insiste sur ce point, car je pense que dans ce genre de projet le mot cordée prend sa pleine mesure, dans le sens ou votre compagnon participe pleinement à la réussite du challenge. J’ai souvent pu lire dans les récits de grandes voies dures que la réussite passait par une sorte d'osmose avec son compagnon de cordée capable de le pousser au bout de ses limites.

J'avoue n'avoir ressenti cette complicité qu'en grande voie sans doute parce que l'acceptation de l'échec est d'autant plus lourde à supporter. Le chemin à refaire serait parfois tant besogneux que l'on est capable de puiser dans des ressources insoupçonnables et de se mobiliser au-delà de nos capacités.

Le combat que j'ai livré dans cette voie restera gravé en moi tant j'ai dû aller loin dans la souffrance physique et mentale.

Pour cela, j'ai pu faire appel à mes années d'expériences à essayer des voies. La gestion du doute ou la réussite n'est possible que grâce à une parfaite connaissance de soi mais surtout grâce à celui où celle qui t'accompagne et qui sait trouver les mots justes pour t'encourager et continuer de te battre.

J'aime ces moments sur le fil où la bascule du côté de l’échec est si probable que la réussite relève plus du malentendu que de la partition parfaitement déroulée. Les émotions ressenties en sont décuplées.

L'histoire se termine de manière parfaite avec une sortie sur le plateau au soleil couchant et le retour au village de nuit, le timing parfait pour que Babar finisse la longueur sans sortir la frontale.

Physiquement j'étais bien préparé en volume car hormis les 4 premières longueurs gravies à vue, les trois derniers 8a+ m'ont demandé des essais, particulièrement L6 qui m'en a couté deux. Je tentais systématiquement les longueurs à vue.

Je m’étais fixé le challenge suivant : tenter la voie à vue et faire des essais si nécessaire pour réaliser la voie à la première tentative.

Même si je caressais le rêve d’un holdup à vue, il fallait se rendre à l'évidence: réitérer l'exploit de Gérome Pouvreau et enchainer à vue il faut une marge physique bien supérieure au niveau des longueurs les plus dures ainsi qu'un feeling impressionnant pour ne pas craquer!

Même le prodige Adam Ondra n'avait pas rendu la copie parfaite : c'est dire...

Gageons que cette voie fera toujours rêver les générations futures, elle cristallise les composantes de l'escalade moderne et la paroi qui la supplantera n'a pas encore été découverte....

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