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Solenne Piret, une grimpeuse qui croit en ses rêves

Membre de l’équipe de France d’escalade Handi-grimpe et du Team Petzl depuis 2018, Solenne a seulement 27 ans et est déjà double championne du monde (AU2). Victime d’une malformation à l’avant-bras droit depuis sa naissance, rien ne la prédestinait à l’escalade. Portrait d’une grimpeuse qui a osé « croire en ses rêves ».

21 Octobre 2019

Escalade

 

J’ai la chance d’avoir baigné dans l’escalade depuis toute petite. Pourtant, ça n’a pas toujours été une passion pour moi. Entre l’escalade telle que je la pratiquais étant enfant avec mes parents, et telle que je la pratique aujourd’hui, il y a un fossé immense.

Tels des montagnards exilés à Paris pour le boulot, mes parents allaient toucher le caillou tous les dimanches à Fontainebleau. J’y ai probablement fait mes premiers pas et les rochers étaient souvent synonymes de jeux d’aventures avec mes frères et sœurs. Mais pratiquer l’escalade en tant que sport et non pas comme passe-temps le dimanche après-midi ne m’avais pas effleuré de mon enfance. Il faut dire que ce n’est pas le premier sport auquel on pensait pour moi, étant née sans avant-bras droit.

Après avoir totalement délaissé la grimpe une dizaine d’année, j’ai commencé à entendre de plus en plus parler d’escalade, avec l’arrivée de nouvelles salles en ville. Mes potes s’y mettaient et j’ai décidé d’aller voir ce que c’était que la résine.

J’ai très rapidement senti le virus se réveiller en moi : je grimpais de plus en plus, j’avais envie d’aller plus loin, plus fort. Je sentais que mille choses étaient possibles, mais je n’avais pas vraiment de références de grimpeurs avec un handicap similaire.

Un jour, j’ai croisé le chemin de Juju, un grimpeur amputé de la jambe quelques années auparavant.

Il m’a parlé de l’équipe de France handi, d’une amie à lui, américaine, avec la même malformation que moi et qui grimpait mieux que moi.

C’est marrant, mais cette phrase m’a ouvert le champ des possibilités.

De cette rencontre ont découlé beaucoup de choses et les événements se sont précipités : j’ai vu que les prochains championnats du monde Para-escalade auraient lieux en septembre 2018, à Innsbruck. J’avais donc un an pour m’entraîner, intégrer l’équipe de France et aller à cette fameuse compétition.

Je dois dire qu’avoir un tel objectif aide énormément à s’entraîner. Prédisposée à aimer l’escalade, j’ai sauté dans cet univers à pieds joints, sans regarder en arrière. J’ai fais beaucoup de sacrifices cette année-là, mon mode de vie a beaucoup changé, mes habitudes, mes envies aussi.

 

 

L’escalade m’apporte énormément au quotidien et je pense que le plus important est l’acceptation de mon corps tel que je suis.

J’avais pris l’habitude de cacher ma différence, par sécurité, pour ne pas me confronter au regard des autres. Mais on ne triche pas en escalade, on ne peut pas se cacher. On ne se confronte pas au regard des autres mais à son propre regard sur soi. Il n’y a pas de jugement, les prises et le rocher ne jugent pas. J’ai appris la tolérance envers moi, l’exigence aussi.

L’escalade m’a appris l’importance de croire en ses rêves, celle de ne pas baisser les bras à la première difficulté rencontrée. J’apprends énormément au contact de tous ces grimpeurs forts : ils ne sont pas forcément plus forts que les autres, ils sont surtout plus persévérants.

Aujourd’hui je ne cherche plus à cacher ma différence, car je ne crains plus le regard des autres : il n’est que le reflet du regard que l’on se porte sur soi-même, et c’est ce regard-là qui a changé.

C’est en voyant tout ce que l’escalade m’a apporté et m’apporte au quotidien que j’ai envie de partager à fond mon expérience. Car handicap ou pas handicap, nous sommes tous confrontés un jour ou l’autre à ces questionnements, nous avons tous nos faiblesses et nos craintes.

J’espère sincèrement que mon parcours fera naître l’envie dans les yeux d’autres enfants et adultes qui se sentent différents, qui n’osent pas, qui ont peur de réaliser leurs propres rêves.

Il n’y a pas de limite, juste des excuses que l’on se donne. Et je suis la première à me trouver des excuses : c’est facile, parce que la plupart des gens ne vont pas me contredire ! Mais avec l’escalade et mon expérience de ces dernières années, j’ai appris à m’écouter : quand je pressens au fond de moi que quelque chose est possible, même si tout semble dire le contraire, je fonce.

En résumé : osez croire en vos rêves ! Et surtout mangez du chocolat.

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