France

Patrice Glairon-Rappaz

Patrice Glairon-Rappaz - © Paulo Robach
  • 24 juillet 1971
  • Arêches Beaufort
  • Guide de haute montagne, brevet d’état escalade et brevet d’état ski
  • Secouriste en montagne CRS
  • 2009

«J’ai réalisé en Himalaya mon rêve d’ascension en style alpin dans la face Sud du Nuptse avec Stéphane Benoist. Seule une montagne pourrait encore me décider à prendre de tels risques, le K2... J’ai un vieux projet hivernal qui me tient à cœur dans les Alpes, mais mes ambitions se tournent aujourd’hui plutôt sur les parois rocheuses et la falaise. Ce contraste s’explique par un goût pour l’extrême et la gestion de la survie, associé à un goût pour la liberté du geste sur les falaises de France et d’Espagne.»

Des paysages rares
« Mes lieux préférés sont le Népal avec un lien affectif particulier avec les Népalais, Taghia au Maroc pour la beauté incroyable des paysages et des parois. Et bien sûr mes falaises du Sud de la France, Céüse et St Léger du Ventoux, sans oublier Rodellar en Espagne. C’est simple, je serai toujours motivé au pied d’une de ces falaises, toujours! Mais Arêches-Beaufort restera toujours en première place au plus profond de mon cœur.»
 
Grandes parois et aventure humaine
«Pour oser aller dans la face Sud du Nuptse et en réussir l’ascension, il faut une sacrée motivation avec un vrai sentiment d’acceptation de ce qui peut se passer. Il faut être prêt techniquement, physiquement et psychologiquement. Cette conscience a été mûrie pendant des années. Elle a été partagée avec l’autre de la cordée. L’autre est un ami. Ce n’est pas quelqu’un qui serait juste disponible ce jour-là. Être encordé, c’est d’abord donner à l’autre. Ce n’est pas à calculer, on est en avant. Les gens qui ne l’ont pas vécu, ne savent pas. Cette relation de la cordée est émouvante car extrêmement dépouillée. On passe des journées complètes sans se parler. Pourtant il y a symbiose. Quelle est cette dimension de l’ami ? C’est celle de l’aventure humaine, ce genre d’aventure qui construit une vie. Ce n’est pas que de la performance. Toutes ces années forment un tout. Toute l’expérience des étapes collées bout à bout, toute la fidélité, tous ces états d’esprit que l’on se transmet, tout ceci représente la légitimité de ce travail d’entraînement et d’approche des limites. C’est seulement après que l’on peut en mesurer les conséquences. Cette réflexion se situe dans une zone sensible. Dans des parois extrêmes, des cases du cerveau se mettent à fonctionner, on ne sait même pas pourquoi.»
 
La falaise pour trouver le geste précis
«Pour parcourir les grandes parois en hivernale, il faut bien entendu se préparer et surtout savoir ne pas se laisser intimider. Il est nécessaire de s’adapter petit à petit, malgré les aléas. Il faut sans arrêt, prendre sur soi et être au top. Or, nous ne pouvons pas être au top tout le temps, ni pendant toute notre vie. Pour apprendre à ne rien laisser au hasard et à improviser dans les situations d’extrême urgence, la falaise est un bon moyen d’entraînement. Il n’y a pas à proprement parler, d’engagement sur une falaise d’une longueur. Il y a seulement du plaisir. On peut abandonner puis reprendre l’objectif une autre fois. L’investissement en falaise est moindre, mais permet de fixer, stabiliser l’expérience. Ma devise : un essai de plus n’est jamais un essai de trop...»
 
Un métier: secouriste en montagne
«Imaginez cette scène... Nous sommes en astreinte depuis quelques jours au bureau, au chaud, hors saison et en pleine période de mauvais temps. Un appel téléphonique et quelques minutes plus tard, si la météo le permet, l’hélico décolle. Il faut vite analyser cette situation d’urgence. Au milieu de risques multiples, on n’a pas le droit à l’erreur. On a des vies à sauver. Quelques fois, c’est compliqué, il y a plusieurs solutions. Il faut analyser, décider, savoir improviser, choisir la bonne solution, ou la meilleure quand il y a en a plusieurs, c’est-à-dire pas la nôtre de solution, mais vraiment la bonne. Et cela dans le doute, sans être tout à fait certain du résultat. Il y a de l’engagement, il faut y aller, ce n’est pas toujours facile, nous aussi, nous avons une famille...»
 
L’anecdote de Patrice
«Un matin de septembre par un beau soleil, nous nous retrouvons en terrasse avec Stéphane Benoist, au petit déjeuner, au refuge Fallier au pied de la face Sud de la Marmolada. Encore tout retournés par notre ascension la veille de « À travers le poisson », nous discutons avec un touriste qui est là en ballade avec sa femme et sa fille. Il nous dit qu’il nous a vu dans la voie et nous demande comment c’était. On se dit qu’il a l’air de connaître le coin et les voies, mais bon... «Incroyable, engagé, mythique, sensationnel» lui répondons-nous, subjugués par l’aventure que nous avons vécus... Au bout d’une bonne demi-heure de discussion passionnée, sa femme visiblement « saoulée », nous dit en nous montrant du doigt son mari, «It’s Igor KOLLER, It’s his route!» Ce jour là, Igor Koller n’avait pas sa barbe, nous ne l’avions pas reconnu.»

picto plus Réalisations marquantes

Alpinisme
- Grandes Jorasses (France) « No siesta » 2000, «le solo le plus incroyable ».
- Grandes Jorasses (France) « Serge Gousseault » 2000, en hiver avec Stéphane Benoist.
- Marmolada « À travers le poisson » 2000, avec Stéphane Benoist.
- El Capitan Yosemite (USA) « Sea of dreams » 2000, avec Stéphane Benoist.
- Taulliraju (Pérou) « Fowler/Watts » 2002, «la plus limite » avec Patrick Pessi et Stéphane Benoist.
- Thalay Sagar (Inde) « One way ticket » 2003, «la plus belle » avec Stéphane Benoist.
- Massif du Mont-blanc (versant italien) « Super intégrale de Peuterey » 2004, en hiver avec Stéphane Benoist et Patrick Pessi.
- Grandes Jorasses (France) « Directe de l’amitié » 2005, en hiver avec Stéphane Benoist et Polo Robach.
- Nuptse (Népal) « Are you expérienced » 2008, «la plus engagée » avec Stéphane Benoist.
- Cervin, nez de Zmutt (Italie) « Aux amis disparus » 2009, avec Cédric Périllat.

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"Rolling Stones" - Grandes Jorasses - photo © Cédric Périllat-Merceroz