Depuis plusieurs années, Philippe Batoux se rend en Norvège pour grimper sur d'immenses cascades de glace. Avec ses équipiers, ils recherchent tout particulièrement les cascades qui pourraient partir directement du niveau de la mer dans un Fjord. Voici le récit de son récent voyage.

 

Cascade de glace : une éthique et des géants

La Norvège est un grand pays avec de grandes falaises se jetant dans la mer. En fonction des caprices de la météo, les fjords sont rayés par de longs traits de glace en hiver. Malheureusement pour les glaciéristes, des perturbations d’ouest apportent la pluie et font disparaître les structures les plus fragiles. Seules les parties supérieures de ces édifices survivent. Après quatre ice trips en Norvège, je suis persuadé que l’escalade de ces lignes de glace géantes est compliquée. Les amplitudes thermiques peuvent dépasser les 15 degrés en 12 heures : tout ce qu’il ne faut pas pour la stabilité des cascades.

Jongler avec la météo et les avalanches, c’est là tout le jeu des escalades de ces gigantesques cascades au-dessus de la mer de Norvège. Il faut guetter l’arrivée des anticyclones polaires et se rendre disponible au pied levé.

La Norvège est sans doute le pays avec le plus gros potentiel pour la cascade de glace. Les latitudes sont propices au froid hivernal. De grandes pentes de neige dominent des falaises de granite de toutes les tailles. Mais l’escalade des cascades de glace en Norvège reste confidentielle ; seuls deux topos existent pour cet immense pays : Rjukan et Setesdal. Quelques récits d’ascensions sont disponibles ici ou là sur le web. Pour grimper en Norvège, il suffit de rouler et de repérer des lignes, la plupart du temps depuis la voiture. On ne sait jamais trop si la ligne a déjà été faite. C’est cela qui est magique, grimper en Norvège est une perpétuelle découverte.

L’éthique des grimpeurs norvégiens est simple. Ils considèrent qu'au-dessus de la limite des arbres c’est la montagne, un terrain d’aventure où les spits sont prohibés. S'ils n’arrivent pas à passer, ils n’ont pas recours à ces artifices. Ils estiment que d'autres alpinistes, bénéficiant de meilleures conditions ou simplement plus forts, parviendront un jour à franchir ces difficultés. Malheureusement, quelques grimpeurs européens n’ont pas respecté ces règles et ils ont réussi à gravir des lignes longtemps travaillées par les grimpeurs locaux avec des spits.

 

Ice trip : récit de Philippe Batoux

Ces mois de janvier et février 2013, je suis absorbé par mon travail à l’ENSA, impossible de me libérer mais je surveille les températures à Gudvangen avec une possibilité de voyage rapide début mars si le froid est là. Les dix derniers jours de février sont beaux et froids. J’achète les billets.

Nous partons avec Olivier François, jeune aspirant guide très doué et motivé. Il est rapide et efficace, qualités indispensables pour les "géantes norvégiennes". Nous nous connaissons bien, il a fait partie de l’équipe nationale d’alpinisme de la FFME. Nous avons grimpé ensemble à Zion, dans la High Sierra (Yosemite), dans les Kichatna et l’an passé nous sommes déjà venus grimper en Norvège. Lors de cet ice trip, nous avions repéré une multitude d’objectifs… 

Le temps stable de fin février est terminé. Le froid va et vient. Les journées de pluie alternent avec des journées où la glace est excellente. Nous pouvons gravir une des plus grandes cascades au monde à droite d’Into the wild (Jasper, Stoffer 2009), à Gudvangen V 6 850 mètres de dénivelé !

La veille, nous sommes restés un bon moment au pied sous la pluie, désespérant et priant pour un retour du froid rapide. Le succès n’en est que meilleur après un échec.

Philippe Batoux

 

Les lignes

  • "Capitain Flåm" : Flåmdalen III 5+ 200 mètres.
     
  • "Mobilhomefossen" : Gudvangen IV 6+ 350m ligne acrobatique remontant des méduses de toute beauté. 
     
  • "Cascade Guy Lacelle" Hjømo, III 6+ 350 mètres, une première longueur de 75 mètres en glace fine 5cm pas protégeable donne accès à un mur jaune avec une longueur acrobatique dans un toit sur de la glace ressemblant à des bouteilles de bière empilées mais bien protégeable (piton + camalot jaune max et alien) 
     
  • "ligne à droite d’into the wild" V 6 850 mètres : la géante. Le crux est un mur en glace déstructurée peu physique puisque les pieds s’ancrent jusqu’au talon dès qu’on force un peu mais psychologique puisque les broches sont dans le même type de structure. 
     
  • "Freakyfossen" VI 7+ 500 m, Gadd Spak tentative stoppée par une douche insoutenable. Il faudra revenir, à suivre… 

 

 

 

 

Les produits utilisés pour la cascade de glace

 
 
Cascade de glace

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Voir la vidéo de l'ice trip 2012

 

 

 

 

 

 

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