D'ici fin novembre, Lionel Dod Daudet en aura terminé avec son tour de la France par la frontière. Démarré au sommet du mont Blanc le 10 août 2011, Dod aura mis plus d'un an à suivre l'hexagone par son contour. Après des mois et des mois à cheval sur la frontière, parcourue sans s'en éloigner - sauf nécessité absolue - de plus de quelques dizaines de mètres et sans aucun moyen motorisé, Lionel Daudet est devenu un des plus fins connaisseurs de ce "sommet" qu'il s'est créé. Après l'avoir accompagné avec son frère Etienne, plusieurs jours sur la section Queyras de la remontée des Alpes, Guillaume Vallot a eu quelques minutes de pause pour lui poser les questions qui lui brûlait les lèvres. 

 

Guillaume Vallot: Alors Dod, ça ressemble à quoi, de tout prêt, la frontière de la France ? 

Lionel Daudet: La frontière, ça peut-être tout. C'est fou ce que c'est varié. La frontière, c'est bien sûr une crête de montagne, un bord de mer ou une forêt comme on se l'imagine. Mais c'est aussi champ, un vignoble, la salle à manger d'une maison, un lac, une autoroute, une cour de ferme, une usine, une centrale nucléaire. La frontière, c'est surtout des gens, une foule de gens tous aussi variés que sont variés les coins et les situations où je les ai rencontrés.

 

 
G.V:
En bord de mer, ou en zone urbaine, tu as dû être confronté à pas mal de propriétés privées… ça t'a posé des problèmes ?

Lionel Daudet: Oui et non. Bien entendu, c'est un problème, traverser une propriété privée... et leur nombre sur la frontière est très important. Bien sûr, j'ai croisé des mauvais coucheurs, mais neuf fois sur dix, mon sésame fut de dire "je viens du mont Blanc". Quand les gens réalisaient ce que je faisais et d'où je venais et retournais, ils ouvraient en grand les yeux, puis les portes de leur jardin. Le DodTour est mon aventure la plus accessible aux béotiens. Pas besoin d'expliquer. Ca saute aux yeux. Donc en général, l'accueil fut bon. Pour la côte d'Azur, que j'ai traversée en plein mois d'août, j'ai préféré carrément éviter d'enjamber les serviettes et les corps luisant pour utiliser le kayak. Mais l'enfer, c'est l'urbain, par exemple Monaco... là-bas, les maisons sont toutes sur la frontière, difficile vraiment de dire où elle passe et plus difficile encore de traverser toutes ces baraques. Là oui, j'ai dû faire une petite entorse à ma règle.

 

 

G.V: C'est avec un grand naturel et une grande simplicité que nous avons pris notre part à la grande cordée qui t'accompagne depuis le départ.

Lionel Daudet:  C'est certain que les amis, les compagnons de route, les aides au portage, les élans de solidarité et autres fêtes improvisées, font partie intégrante du projet. Dans chaque coin paumé de France, il y a toujours un type qui connait son jardin par coeur et qui est enchanté de te le faire découvrir. Et puis, ça loupe pas, à chaque fois, il te laisse en disant "là, franchement, tu m'as fait découvrir quelque chose". Les rencontres avec les locaux sont innombrables et elles sont bien le sel et la richesse de cette histoire.

 

G.V: A propos de portages, de logistique et de matériel, comment tu gères?

Lionel Daudet: Une grosse préparation, l'assistance permanente et sine qua non de Véro, ma femme, qui me suit avec le camping-car et gère le matériel, les contacts, les rendez-vous... et le site Dodtour.com! Ensuite une bonne dose d'anticipation et d'adaptation. Comme je dis toujours : "le matin, je reprends le piolet là où je l'ai planté sur la frontière la veille", ça montre bien l'importance du piolet! Le vrai chef-d'orchestre de cette affaire, c'est la météo, c'est elle qui impose son rythme. Ensuite la clé pour surmonter les épreuves physiques et psychologiques, c'est le mental. Moi, j'ai voulu que ça ne se transforme pas en un espèce de marathon. J'ai bien pris le temps de profiter, des lieux, des gens. Je suis clair et bien dans mon truc. Du coup, aucun bobo ni baisse de moral à déplorer sur le parcours. Si je m'étais fixé un challenge genre "en un an", ça aurait été bien moins sympa et bien moins réussi.

 
 
 
 

G.V: Au moment où j'écrivais ces lignes, il restait à Dod une petite dizaine d'étapes. Si la météo était clémente, ça signifierait le même nombre de jours... Là, cet automne s'annonce assez pourri et la neige et les perturbations semblent s'inviter plus que de raison. La nature se prendrait-elle à protéger la frontière? Même la foudre s'en est mêlée, frappant Dod, le jetant au sol et le brûlant sur une arête il y a quelques jours... Celui-ci, fidèle à lui-même est reparti au charbon dès le lendemain, fumant et écumant. Et, je vous dis, la fin du DodTour, ça sent l'écurie, ça sent la poudre aussi.

 

 

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 Vidéo - le premier épisode du DodTour