Arnaud Petit et Stéphanie Bodet ont gravit le Salto Angel, l'une des voies d'escalade en terrain d'aventure les plus dures du monde. Accompagnés de Nicolas Kalisz, Toni Arbones, Igor Martinez et Evrard Wendenbaum à la caméra, l'équipe a réussi la face en 15 jours de grimpe et 12 nuits en paroi. Arnaud et Nicolas se sont partagés les longueurs clefs.
Textes : Arnaud Petit.
Photos : Evrard Wendenbaum et Arnaud Petit.

Une escalade de fous !
"Il y a deux ou trois ans je me disais qu'il faudrait aller voir si on ne pourrait pas ouvrir une ligne de libre sur cette paroi hallucinante, et puis les anglais ont libéré la voie Galvez uniquement sur coinceurs : là, plus question d'aller mettre des spits à côté... Il fallait aller jouer du micro-friend et se frotter à la grimpe sauce anglaise.
Une longueur en E7, on ne savait pas vraiment ce que c'était, les anglais parlaient de rocher médiocre, de vraie aventure, de jungle, de crocodiles et de tarentules... là non plus, on ne savait pas trop, et au fond, c'est ce qui nous plaisait en partant là bas.
Eh bien, on s'est bien fait secouer. Au pied, c'est super glauque, c'est très sombre, tu te prends la cascade sur la tronche, le dévers t'écrase littéralement et tu vois que le rocher est pourri. En fait certaines longueurs sont vraiment dangereuses. Dans une, tu n'as même pas droit à la case fauteuil roulant ! Et pas dans de l'escalade à pépé, dans du 7b+ ! On a classé les longueurs en trois catégories, expo, très expo et hyper expo. Du coup on s'est vite retrouvé à se partager les longueurs clefs avec Nicolas. Il y en a dix, entre 7b et 7c/7c+, on les a toutes essayées à vue, même celles qui valent A3 en artif, et on en a fait 5 à vue, les autres au premier ou au deuxième essai. À un relais hyper gazeux, on s'était fait fumer le cerveau pour relier 8 points, Nico est tombé deux fois dessus... T'as beau te dire que tout cela est relié à une stat' 40 m plus bas, t'en mène pas large ! Dans le haut il y a trois longueurs que de toute façon, tu ne peux pas franchir en artif, il faut grimper, avec du 7b obligatoire et si c'est mouillé ou si tu n'as plus d'énergie, tu ne sors pas. En fait c'est pas une ascension où tu rigoles tous les jours. On a passé douze nuits dans la voie et à la fin on commençait sérieusement à manquer de bouffe, c'était tout de même limite notre affaire..."
Arnaud Petit.
Le Salto Angel en chiffres
Première répétition de la voie Rainbow Jambaia, 900 m d'escalade pour 31 longueurs (dénivelé : 660 m, dévers : 50 m), la difficulté impose du 7b obligatoire et expo, les longueurs les plus dures se décomposent comme suit : quatre longueurs en 7c/7c+, quatre en 7b+, cinq en 7b, cinq en 7a/7a+, cinq en 6c/7a.
Ascension en 15 jours de mars 2006 par Stéphanie Bodet, Toni Arbones, Nicolas Kalisz, Arnaud Petit, Igor Martinez (Venezuela) et Evrard Wendenbaum (à la vidéo), Nicolas et Arnaud se partageant les longueurs clefs.
Rainbow Jambaia est la variante en libre réussie en mars 2005 par une forte équipe internationale menée par l'anglais John Arran de la Voie Directe du Salto Angel, ouverte en artif (A4/6b) en 1990 en 26 jours par le mythique grimpeur espagnol Jesus Galvez et Adolfo Medinabeitia.
Salto Angel, le plus gros dévers du monde
Perdu au nord de l'Amazonie et entourée de jungle, le Salto Angel est un mythe. Considérée depuis plus de cinquante ans comme la plus haute cascade du monde avec ses 970 m, elle est aujourd'hui l'un des emblèmes du Venezuela. Théâtre du tragique accident de Jean Marc Boivin lors d'un tournage d'Ushuaïa, l'endroit attire aujourd'hui quelques amateurs d'extrême, à commencer par les base-jumpers. Bien connue aussi des grimpeurs pour présenter le plus gros dévers de la planète, la paroi a longtemps effrayé les meilleurs. En 1990, le mythique grimpeur espagnol Jesus Galvez et un compagnon réussissent un exploit en traçant un itinéraire audacieux et extrême en escalade artificielle qui leur demandera 26 jours... Douze ans plus tard, l'anglais John Arran se donne l'objectif encore plus fou de libérer la voie. En avril 2005, après deux échecs successifs les années précédentes, il réalise son rêve en 19 jours avec une équipe internationale de 7 grimpeurs. La voie est libérée en 31 longueurs avec quelques variantes à la voie originale et les difficultés sont rudes : plusieurs longueurs de E7, ce qui équivaut à du 7c+ expo sur coinceurs.
Un très bel exploit là encore. Il n'en fallait pas plus pour attirer notre couple de grimpeur globe trotteurs, Stéphanie et Arnaud.
Accompagnés de leur ami Nicolas Kalisz, de l'espagnol Toni Arbones et du grimpeur vénézuelien Igor Martinez, filmés par Evrard Wendenbaum, l'équipe relève le défi en mars dernier. Après 15 jours d'efforts et 12 nuits dans la paroi, tous atteignent le sommet, amaigris mais en bonne forme. Arnaud et Nicolas se sont partagés les longueurs les plus difficiles. Parmi les 10 longueurs clefs (difficultés entre 7b+ et 7c/7c+, protections médiocres et chutes très dangereuses), 5 ont été réalisées à vue.
L'approche se fait en deux jours de pirogue (50 km depuis Kamarata), conduite par les indiens Pémons. Durée totale de l'expé : 4 semaines.
Difficultés principales : le climat chaud et humide, les moustiques, les portages en forêt, les tirages des sacs (300 kg à hisser au départ, dont 180 litres d'eau), sans cesse protéger les cordes statiques, passer 15 jours pendus sur des coinceurs et des pitons, ça use.
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