Les premières Assises de l'Alpinisme et des activités de montagne soutenues par la Fondation Petzl auront lieu à Grenoble le 1er et 2 avril et à Chamonix le 28 mai 2011. Ces journées sont organisées par l'Observatoire des Pratiques de la Montagne et parrainées par Catherine Destivelle et Pierre Mazeaud.

L’objectif des Assises est d’affirmer ce qui caractérise les pratiques de montagne en milieu peu ou pas aménagé, et d’engager le débat avec l’ensemble des pratiquants de la montagne, avec les pouvoirs publics et avec les institutionnels sur la place de ces activités dans la société. L'occasion pour tous les pratiquants de donner leur vision de l'alpinisme, ainsi que leurs attentes.

 

Pourquoi ces Assises ?

Ce large débat a pour objectif de mettre en évidence la diversité des activités de montagne, leurs rapports les unes avec les autres et leur rôle dans la société.

"Parce que, récemment, les pratiques de la montagne se sont multipliées et considérablement diversifiées, nous pensons souhaitable, non d'opposer, mais de distinguer ces activités les unes des autres. Il nous importe, en effet, de mettre en évidence celles qui, comme l'alpinisme, proposent de s'engager en montagne hors des espaces aménagés et sans se préoccuper de compétition organisée. La démarche de l'alpinisme, en effet, ne se veut ni confrontation avec une montagne équipée, ni confrontation des hommes entre eux, mais découverte et fréquentation d'un milieu préservé en tant que terrain d'aventure."

Pour mieux comprendre: trois questions à Niels Martin, coordonnateur de ces Assises:

Pourquoi programmer des Assises de l'Alpinisme... aujourd'hui ? Est-ce une urgence nouvelle ? Ou bien est-ce l'aboutissement d'un processus plus long ?
Niels : "Il y a effectivement deux niveaux imbriqués qui nous ont menés à cette programmation et à ces dates.
- Au premier niveau, il s'agit bien de questionner et d'interroger le sens de l'alpinisme en tant que pratique inscrite dans une société qui évolue. Il nous paraît intéressant de faire ce point, maintenant. Il a peut-être existé une époque où l'on pouvait aller en montagne sans se questionner trop sur ce qu'on allait y faire : on faisait de l'alpinisme, point à la ligne. Or, ces dernières décennies, la donne a énormément changé. On peut aller sur les mêmes territoires pour y pratiquer, bien sûr de l'alpinisme, mais encore de l'escalade, de la via ferrata, du canyoning, de la spéléo, du ski de randonnée, du running... L'énumération suffit à ouvrir le débat : des pratiques nouvelles sont apparues, et avec elles, des interrogations et des problématiques qui troublent le sens même du mot alpinisme. Il y a un essaimage de pratiques. Ce n'est pas tant nouveau ou grave que questionnant, sur le fond, pour les alpinistes.
- Le second niveau concerne, lui, un certain nombre de menaces ou de limites qui sont désormais repérées dans les activités de montagne. Ces dossiers sensibles peuvent être internes à l'activité et aux pratiquants. Faut-il équiper ou non tel ou tel type de voie ? Faut-il limiter l'accès à tel site ? Faut-il accepter l'utilisation ou l'installation de remontées mécaniques dans tel autre ? Mais il existe également des sources de limitation, voire de menaces externes, comme le pouvoir réglementaire d'institutions ou de collectivités, par exemple. Des dossiers apparaissent, du Verdon au mont Blanc. Ils sont certes localisés, mais ils peuvent aussi augurer d'une menace plus générale envers nos pratiques. C'est ce double faisceau de questions qui nous a amenés à penser et organiser ces assises aujourd'hui!"

Y a-t-il eu une méthodologie quant à la mise en forme de ces questionnements ?
Niels : "La démarche méthodologique s'est inspirée de celle mise en œuvre lors les Assises du Nordique en 2008. Plusieurs acteurs, institutionnels, associatifs, ont travaillé à la préparation de ces Assises. Attention, ce sont bien tous les acteurs, les institutions et les pratiquants qui travaillent ensemble sur cette démarche. Chacun, je pense, peut se sentir concerné par les débats : les clubs, les fédérations, la presse, mais aussi les pratiquants. On l'a vu lors des Cafés- montagne : le monde de la montagne s'exprime difficilement, ou a du mal à se sentir représenté par les institutions dont il dépend. L'inverse est également vrai : de l'extérieur, il est difficile de trouver une voix « parlant pour » la montagne et ses pratiquants. Le principe est donc clair : mettre les acteurs concernés autour d'une table. Et essayer de s'entendre sur le sens et les actions à soutenir, pour que l'alpinisme existe encore longtemps !"

Quel serait l'objectif idéal de ces Assises de la montagne ?
Niels : "Il faudra nécessairement et rapidement dépasser une approche segmentée des pratiques. Économie, écologie, sports et disciplines, aménagement ? Il faudra envisager une perspective où « la montagne » devient le point d'entrée, en tant que milieu spécifique, avec ses contraintes et ses règles, qui nécessitent une certaine adaptation. On entend parfois que la montagne, au sens large, a un problème de gouvernance globale. C'est justement l'une des interpellations ou l'une des pistes qui pourraient naître de ces Assises. Nous verrons. Mais s'il pouvait y avoir des préconisations de ce type, ainsi qu'une réaffirmation des valeurs de la montagne que j'évoquais, ce serait déjà beaucoup."

 

Programmes de Grenoble et Chamonix

GRENOBLE - 1er et 2 avril 2011 - Auditorium du Musée de Grenoble

Objectif : mettre en évidence la diversité des activités de montagne, leurs rapports les unes avec les autres, avec l'alpinisme en particulier, leur signification et leur rôle dans la société. Journée ouverte au public, destinée à élargir le débat.

  • Vendredi 1er avril
    Séance inaugurale et soirée montagne.
    19h00 Mot d’accueil de Michel Destot, maire de Grenoble.
    19h30 Ouverture et présentation des Assises.
    20h00 Conférence sur l’alpinisme et projection de films.
  • Samedi 2 avril
    9h00 Accueil.
    10h00 Table ronde 1 : les pratiques actuelles de la montagne. Animateur : Jean Corneloup (sociologue).
    12h00 Buffet offert par la Ville de Grenoble
    13h30 Table ronde 3 : les valeurs de l'alpinisme et le rôle éducatif des pratiques de montagne dans notre société. Animateur : Philippe Descamps (journaliste).
    15h30 Table ronde 2: quelle place pour l'alpinisme dans l'économie montagnarde ? Animatrice : Marie Ameline (journaliste).
    17h00 Réactions-témoignages d'alpinistes étrangers, conclusion provisoire


CHAMONIX MONT BLANC - 28 mai 2011
- Hôtel Majestic
Objectif : engager le débat avec les pouvoirs publics et les fédérations : quelle place pour ces pratiques dans la société ? Journée présidée par Pierre Mazeaud, sur invitation.

L'interpellation et les propositions concerneront en particulier trois domaines :

  • Les fonctions culturelles et économiques des pratiques de la montagne et de l'alpinisme, dans la société contemporaine : la valeur éducative auprès des jeunes en particulier, l'avenir du tourisme en montagne, les rapports ville/montagne, le rôle des fédérations.
  • Le rapport à la sécurité : les attentes de la société, l'autonomie des pratiques, les enjeux marchands, l'ordre public, la préservation de lieux d'aventure.
  • Le conditionnement de l'espace montagnard : identification des contraintes de préservations et des conflits d'usage, la place de la pleine nature.

 

Plus d'informations

- Sur les Assises de l'Alpinisme (le projet au jour le jour, bibliographie très complète sur l'alpinisme, les débats en diects les jours J)
- Sur la Fondation Petzl