Les Bad slackliners publient la vidéo de leur petite expédition à la Dent du Géant en janvier 2010. Voici le récit de la naissance du projet et des deux jours passés dans la massif du Mont-Blanc, pour installer puis parcourir une slackline à 4000m d'altitude.
Récit de Tancrède Melet.
« La Dent du Géant, c'est Julien qui m'en a parlé. On savait que des Allemands l'avaient déjà faite l'été dernier, et faire une répétition en hivernale nous tentait. Après une quinzaine de jours passés en montagne avec Julien début janvier pour se mettre dans le bain (nous ne sommes pas vraiment des alpinistes), on se sent en forme. Le créneau météo se précise pour les lundi 18 et mardi 19 janvier.
Sébastien est justement disponible ces deux jours. Antoine se tâte car il bosse le lundi, moi je suis un peu froid car je me dis qu'on n'a pas assez d'expérience en montagne. Finalement tout se débloque, la motivation prend le dessus, et on se retrouve tous le dimanche soir à Annecy chez Sébastien. L'appartement est pris d'assaut, on déballe tout le matériel. On trie, on se pose des questions, les sacs se remplissent de plus en plus, et les kilos s'ajoutent au fur et à mesure.
Approche galère
Le lendemain, réveil à 6h. Direction la benne de l'Aiguille du Midi. L'ambiance est bonne dans l'équipe. A la station intermédiaire, les employés remarquent nos gros sacs, et nous font passer devant tout le monde. Il faut dire qu'on est les seuls chargés comme des mules.
Il fait -15°C au sommet de l'Aiguille ! Ça caille, je ne me sens pas dans mon élément, le "mal des rimaye" monte. On descend l'arête, chausse les skis, et c'est parti pour un peu de descente. Puis on s'encorde, met les peaux sous les skis, et on commence la montée vers la Dent. Rude !
Antoine fait quasiment toute la trace dans la neige profonde, qui s'affaisse à chaque pas. On arrive au pied du mixte avec 2h de retard sur l'horaire prévue. Julien met ensuite 45 minutes pour faire les 20 mètres à 50° qui nous séparent des premiers cailloux. On le voit avancer centimètre par centimètre, brassant dans la neige qui lui arrive jusqu'au torse. Le mixte est dur, il faut sans cesse tracer, et nous ne sommes pas vraiment sur le bon itinéraire. Finalement on arrive à l'emplacement prévu pour le bivouac avec 3h de retard, la nuit tombe.
Bivouac à la Salle à manger
Le moral des troupes s'accorde avec la température : -20°C dans la nuit. Seb a le mal des montagnes comme jamais, Julien n'est plus très loquace, Antoine un peu plus et moi ça va bien mieux qu'à l'Aiguille en début de journée. Je fais les 100 pas pour me réchauffer. Avec le froid qui tombe, les flammes des réchauds à gaz s'amenuisent de plus en plus. L'eau qu'on devrait faire fondre pour demain reste neige... Tant pis, à 21h tout le monde est au lit.
On se couche très pessimistes pour le lendemain, au vu du retard pris dans la journée. Va-t-on réussir à grimper la dent, installer la slackline, la passer, puis redescendre, sans se laisser surprendre par le temps qui passe si vite ?
Finalement au réveil toute l'équipe est en plein forme et sur-motivée. Trop peut-être, car on se trompe d'itinéraire : Seb se lance dans une fissure à friends qui devient de plus en plus dure, alors que ça ne devrait pas dépasser le 5. Nous perdons une heure, mais l'ascension se passe ensuite plutôt bien grâce aux cordes en place sur les dalles Brugener : il suffit de tracter. Le problème des dalles, c'est qu'elles sont à l'ombre dans certaines sections, et le vent souffle à 50km/h. Je filme un peu en enlevant mes gants, grosse erreur : je perds temporairement l'usage de mes mains !
Une slackline à 4000
Arrivés au sommet, l'installation de la slackline se passe sans encombre. Julien se lance le premier, il quitte ses chaussettes, comme tout bon highliner qui se respecte. Il fait tout de même un aller-retour avant de réaliser qu'il ne sent plus ses pieds ! Nous on ira en chaussettes...
Carton plein, tout le monde traverse sans encombres, des petites figures ici et là, et un sentiment de plénitude nous envahit.
Ensuite c'est le retour : rappels, descente du mixte, chaussage des skis. Et il fait déjà nuit... Notre trace dans la Vallée Blanche est truffée de "baignoires", que tous les membres de l'équipe auront contribué à creuser : les sacs et la fatigue pèsent, et les piles d'une ou deux lampes frontales donnent des signes de faiblesse.
Retour par le Montenvers
Le bouquet, ce sont les 200 mètres qu'il faut remonter depuis le glacier pour rejoindre le terminus du Montenvers : on ajoute les skis sur les sacs, qui dépassent alors les 30kg. On puise dans les réserves, et on ne pense à rien. Personne n'a la force de filmer, et de toute façon il fait nuit-noire. On chausse une dernière fois pour descendre le chemin forestier jusqu'à Chamonix, 900m plus bas.
A 21h, nous dévorons des sandwiches Belouga en terrasse à Chamonix, par -10°C ! Nous sommes harassés mais heureux, on trinque à l'eau pour se refaire. Et on compatit avec Seb, qui assure 8 heures de cours de ski demain ! »
Ndlr : les Bad slackliners, ce sont Sébastien Brugalla, Julien Millot, Antoine Moineville et Tancrède Melet (l'auteur du texte ci-dessus).
Ils ont décidé de se baptiser les Bad slackliners fin décembre 2009 au Verdon : personne dans la bande n'a réussi à dompter la highline de 85 mètres tendue dans les gorges. Après s'être cherché moultes excuses (neige, vent, matériel, tension de la slackline...), ils en sont arrivés à la conclusion qu'il fallait encore s'entraîner...
La vidéo de leur slackline à la Dent du Géant montre qu'il y a eu du progrès ;-)
Vidéo : highline à la Dent du Géant (massif du Mont-Blanc)

























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